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 Gilbert mène l'enquête(5)

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Rodes

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MessageSujet: Gilbert mène l'enquête(5)   Ven 23 Fév - 23:00

- Pas grand monde, ce soir ! Me dis-je.
- La Mercedes de Gouvion et la Volvo des Coudrier !

Gouvion ! Vingt ans de légion, reconverti dans la charpente métallique. On l’avait consulté pour refaire une beauté à la Tour Eiffel. Depuis, il ne disait plus bonjour à personne, ce qui ne l’empêchait pas d’honorer deux fois par semaine les morues de Madame Frida.

Les Coudrier ! Mariés depuis quinze ans, pas d’enfants. Lui, vendant des assurances aux paysans du coin, qui contre la crevaison du tracteur, qui pour protéger la récolte d’une invasion extra terrestre, un véritable escroc. Elle, guichetière à la poste, dix ans de service, un sourire de fosse commune, soixante kilos de viande avariée, à consommer avec modération.

Gédéon ne semblait pas mal à l’aise.

Nous traversâmes le jardin, un vrai parcours initiatique ! Frida, férue de jardinage, avait taillé ses haies d’une façon originale. Chacune d’elles représentait une position du Kama-sutra. Quand t’arrivais au bout de l’allée, tu aurais pu donner des cours d’éducation sexuelle aux tapins du bois de Boulogne.

Je tirai sur les deux grelots de la sonnette. Gédéon devint plus nerveux, sans doute avait-il pris conscience de l’endroit où il se trouvait. La porte s'ouvrit.

- Ah ! La voilà, la Femme, le soleil des nuits solitaires ! Dis-je à Frida
- Mon Gigi ! Me répondit-elle.

Et elle m’embrassa comme du bon pain.

- Bonsoir, Frida ! Je suis venu avec un ami, un tout neuf, comme tu les aimes. Il aimerait bien se faire masser les poignées d ‘amour.
- Entrez ! Vous êtes les bienvenus, il n’y a pas grand monde, ce soir !
- Tu connais le chemin ! Ajouta-t-elle.

Oui, je connaissais le chemin. Plutôt que de claquer mille balles pour emballer un laideron à la foire aux célibataires, je préférais œuvrer pour une bonne cause et offrir mon aumône à quelques jeunes filles égarées dans un monde impitoyable. Ainsi, depuis plusieurs années, je lâchais quelques liasses à Frida, bien conscient d’aider au réconfort d’âmes sensibles.

A présent, je devais trouver une greluche pour Gédé et l’affranchir sur mes projets. Elle devrait convaincre ce bon bougre de m’aider, quitte à sortir le grand jeu. Qui pouvais-je bien choisir ? Il ne fallait pas y aller trop fort au début ! Le brave Gédéon aurait pu y laisser sa peau.

-Et pourquoi pas Anna ! Pensai-je.

Fraîchement importée de Roumanie, vraie blonde, cinquante cinq kilos pour un mètre soixante dix, poitrine honorable, fessier bien ferme ! Je la connaissais par cœur depuis la saint Valentin. Douce et en plus, je crus me rappeler qu’elle était ingénieur dans son pays, à cent balles par mois. Exactement ce qu’il fallait à notre Einstein local. J’avais du bol, elle était libre. J’espérais juste que Gédéon s’en sortirait et qu’il ne passerait pas son temps à calculer le volume de l’utérus en fonction des cycles lunaires. Anna l’entraîna dans sa piaule : un étage sans ascenseur.

- Et si je me faisais un petit plaisir, moi aussi ! Me dis-je.
- Voyons, hmmm ! Allez, vas pour les jumelles !

Oui ! Lauren et Artie, deux albanaises, des réfugiées politiques. On les prétendait jumelles mais à en croire la différence de poids, elles n’avaient pas dû téter la même mamelle. Bref ! Je pris mes copines par la main et elles m’entraînèrent dans leur turne. L’avantage, à trois, c’est qu’on peut se relayer et cette nuit là, j’eus l’impression de participer à une épreuve olympique, toutes catégories confondues. Je me réveillai bardé des deux sœurs qui ronflaient comme des Airbus en piqué.

- Huit heures ! Oh, là, il faut que je me lève ! Pensai-je.

Je descendis dans le salon. Frida était déjà levée, occupée à préparer le café. Ah, l’arôme du café au petit matin, surtout après une nuit comme celle-là !

- Salut, Frida !
- Salut, mon Gigi ! Ah, ton ami est parti très tôt, hier soir !
-J’avais oublié, les couches de Maman Gédéon. Tant pis, je le verrai plus tard. Pensai-je.

J’étais quand même curieux de savoir comment il s’était débrouillé avec Anna. Le con ! J’appris qu’en une heure de temps il avait mis la pauvre fille sur les genoux. Elle qui pouvait se farcir une section de CRS avant son footing matinal ! La vie ne cesserait jamais de me surprendre. Finalement, je quittai Frida, délesté de cent euros.

Je ne sais pas pour vous mais moi, de temps en temps, j’ai besoin de mettre un peu d’ordre dans mes idées. Je décidai donc de faire une petite balade au bord du lac. Canards, bancs de pique nique, un petit chemin de terre, l’idéal pour méditer. Je passais ainsi une bonne heure, déambulant sous les arbres, mâchouillant des brins d’herbe, toute mon enfance !
Ah ! Y’a pas à dire, ça requinque la nature !

Bon ! Maintenant, il fallait impérativement obtenir des résultats. J’appelai Gédéon qui me fixa rendez-vous chez lui, pour le soir même. Comme j’avais l’après-midi devant moi, je décidai de rendre visite à Maman. Depuis la mort de mon père, elle vivait seule dans une maison isolée. Lui était mort stupidement.

Un jour, il dut se rendre à l’enterrement d’une lointaine cousine. Pour l'occasion il avait mis dans ses bagages son air le plus solennel. Pour lui, un mort possédait toutes les qualités du monde et, s’il avait assisté à l’enterrement de Staline, il aurait volontiers concédé une larme. Il faut dire qu’il fréquentait assidûment l’église depuis cinquante ans, ça laisse des traces !

Donc, à l’enterrement, tout se passait bien, chacun tenait son rôle.
Soudain, la fille de la défunte passa devant lui, une belle paysanne, fraîche, ingénue. Au moment où il se retournait sur son passage, le corbillard recula et lui passa sur le corps. Quelle idée, aussi, de mettre des vitres fumées, on ne voit pas ce qui se passe derrière. Admettez que c’est unique: tué par une caisse à momie ! Voilà comment Maman s’était retrouvée veuve. Oh ! Même avec sa demi-retraite, elle vivait décemment et d’ailleurs, ses besoins se limitaient à quelques légumes et, de temps en temps, une boîte de thé au jasmin, mais uniquement dans les grandes occasions.

L’après-midi s’écoula calmement. Pour le coup, je ressortis d’un vieux placard les jouets du passé: un couteau à cran d’arrêt, une panoplie de Zorro et un flingue qui tirait des boules puantes. Ah, le parfum des nostalgies ! Le soir commençait à tomber. Je quittai Maman, lui laissant dix kilos de faux-filet et une langue de bœuf. Je ne viens jamais les mains vides, question d’éducation !

A suivre
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Scribouille



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MessageSujet: Re: Gilbert mène l'enquête(5)   Dim 4 Mar - 5:42

Que des caricatures réjouissantes !

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Domie sunny
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Rodes

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MessageSujet: Re: Gilbert mène l'enquête(5)   Dim 4 Mar - 9:23

Citation :
Que des caricatures réjouissantes !

En fait, tous ces personnages, je l'ai ai réellement connus. Mais évidemment, je force légèrement le trait.

Jérôme
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