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 Conservatoire de Niort. Chapitre 27.

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Natacha Péneau

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Date d'inscription : 26/09/2005

MessageSujet: Conservatoire de Niort. Chapitre 27.   Mar 23 Oct - 0:36

Conservatoire de Niort

Un jour en revenant de Paris Yves m’annonce qu’il est devenu préretraité ce qui signifiait pour lui un salaire fixe par mois avec la possibilité de travailler. Pour nous c’était une bénédiction sur le plan matériel.
Yves décida comme certains de ses camarades de créer un cours d’art dramatique à Niort. Il s’adressa à la municipalité qui lui offrit de le faire dans le cadre du conservatoire de musique. Les cours se mirent en place dés la rentrée scolaire. La mairie avait fait le nécessaire pour que le conservatoire de musique et d’art dramatique puissent coexister.
Yves était heureux de cette nouvelle situation qui lui permettait de se rapprocher de moi et partager ma vie à la campagne où je travaillais beaucoup. Entre mes expositions personnelles, celles de groupe et mes activités annexes au sein des métiers d’art en Poitou. J’ai ouvert un atelier de nu pour les peintres de la région, avec le concours, de ‘La Maison pour Tous’ qui mit à ma disposition un grenier chauffé. Je l’ai aménagé avec l’aide de quelques artisans. Nous étions une quinzaine d’inscrits ce qui me permettais de rémunérer un modèle. Pour la publicité des métiers d’Art en Poitou nous avons sollicité la Banque Populaire, je ne me reconnaissais plus. Poussée par mon copain sculpteur nous avons fait vivre cette association pendant plusieurs années.
J’étais très prise. Je n’allais plus à Paris, je n’y avais plus ma place ! Toutes les chambres étaient louées. Vlad trônait m’ayant squatté la mienne … et dans le bureau d’Yves une hirondelle n’aurait pas pu faire son nid ! J’étais très bien ici dans ma campagne profonde ou j’avais toute une maison pour vivre et travailler…D’ailleurs quand je devais faire un saut de puce à Paris, c’est ma belle mère me prêtait une chambre de bonne ! (sic)
Yves a donc crée une classe d’art dramatique dans la ville de Niort, qui fonctionnait deux fois par semaine.
A la fin de la saison scolaire, comme dans une ruche Yves et ses élèves s’activaient fébrilement pour donner un vrai spectacle au théâtre de la ville, devant un vrai public composé d’édiles, de professeurs du conservatoire, ainsi que des familles et d invitées.
La salle était comble !
Avant la représentation, les répétitions devenaient plus fréquentes… Yves avec quelques élèves allait chercher les costumes à Nantes, chez un costumier professionnel. Les éléments du décor étaient ramassés par ci par là…Un travail de titan …Qui devait pleinement satisfaire Yves en le valorisant.
Le soir de la représentation Yves invitait trois comédiens de Paris qui représentaient le jury ! Tous les éléments étant en place …les trois coups frappés ...Le rideau se levait sur nos apprentis comédiens !
Il y avait près de vingt élèves la première année, plus les années suivantes…Certains avaient beaucoup de talent, j’aurai parié sur eux, et perdue.
La plus douée, une jeune fille Christine M. au bout de plusieurs années de conservatoire avec Yves, alla à Paris tenter sa chance.
Elle traîna dans des maisons pour tous (ainsi que d’autres élèves d’Yves) et revient au pays mariée, mère de deux ou trois enfants, grand bien lui fasse…le talent – seul – n’est rien !
Un jour sur les Champs Elysée nous avons rencontré un petit gars qui ne payait pas de mine et que je finis par reconnaître comme un des anciens élève d’Yves…Je n’aurais pas parié dix kopeck sur lui, aucun talent, aucun physique, aucun caractère, parlant légèrement faux sur scène !
Eh bien c’est le seul élève d’Yves qui sur cinq années de professorat a percé dans le métier ! Il n’est pas connu du grand public, mais il joue à la télévision et au cinéma, depuis plus de dix ans déjà!… Comment a-t il fait ? Il s’est présenté chez l’imprésario le plus connu de la place de Paris qui juste à ce moment là voulait prendre quelques jeunes inconnus pour enrichir sa palette de comédiens…
Petit rôle pour commencer, notre Eric Chabot s’en tire …une phrase par ci une phrase par là
Et le voilà sur les rails…
Il décide de monter une pièce de théâtre qu’il a écrit, tant qu’à faire autant jouer dans la cour des grands, s’imposer comme acteur et auteur ! Il demande à Yves de jouer un rôle dans sa pièce. Yves accepte, comment refuser de jouer un beau rôle ?
Il a trouvé une très jolie jeune fille pour le premier rôle, (l’ami de cette actrice commanditait la pièce).
Les acteurs devaient jouer au pourcentage ! (c’est un attrape nigaud, les salaires ne sont payés que si la pièce rapporte de l’argent !) il faut dire que jamais Yves n’a reçu un centime quand il a joué au pourcentage ! Mais il accepta pour donner un coup de pouce à un ancien élève ! Un autre acteur copain accepta par amitié et une danseuse famélique accepta un petit rôle dans l’espoir de gagner quelques sous. Le théâtre a été loué grâce à une subvention et un sous sol pour les premières répétitions…
Une nouvelle aventure commençait…Elle s’appelait « La case départ. »
(Yves devait être opéré de la cataracte) les dates des répétitions n’étaient pas encore fixées, par contre celle de l’opération l’était, mon mari espéra avoir le temps de tout concilier.
Nous l’avions d’autant plus, le temps que notre metteur en scène le prenait, il comptait deux mois de répétition (non payée) bien sur ! Habituellement un professionnel s’en tire avec trois semaines, un mois haut la main ! Là, tout c’est enchaîné très vite, l’opération c’est bien passée, Yves était prêt à prendre les répétitions en cours de route, j’étais contre connaissant la fatigue physique que cela représentait. (jamais je ne suis intervenue dans le travail d’Yves).
Là il s’agissait de sa santé, de ses yeux ! Mais il balaya mes arguments d’un revers de la main.
Le metteur en scène paniquait, quand au chirurgien oculaire qui ne connaissait rien au métier de comédien, il a donné le feu vert. Yves avait deux scènes normales et une troisième qui faisait le clou de son personnage où il devait rentrer ivre sur scène, culbuter entre la table et la chaise, tomber dans un tonneau se prendre le pied entre les deux mains et dans cette position plus qu’inconfortable, avoir un long monologue avec son pied ! Cela se terminait par une galipette pour se relever, sous un flot d’applaudissement ! Que faut-il de plus à un artiste!
Cela dura trois semaines. Un matin il fut pris de douleurs subites et alla voir le chirurgien qui diagnostiqua un déchirement de la rétine, hospitalisation immédiate. Opération demain matin.
Yves promis de venir le lendemain à l’heure dite.
N’importe quel être normalement constitué aurait immédiatement prévenu son employeur et aurait été opéré d’urgence, plutôt que de risquer de perdre un œil ! Mais un Artiste qui se respecte ne laisse pas ses camarades ni son public en plan pour une telle peccadille …
L’opération pouvait attendre, le soir même Yves était sur scène !
Je l’ai accompagné, craignant par dessus tout le troisième acte ! Au début du spectacle le metteur en scène annonça que c’était la dernière séance…A la fin Yves a eut une véritable ovation plusieurs gerbes de fleurs lui furent apportées…
Ce fut sa dernière représentation à Paris !
Nous avons été invités par nos cousins, venus voir le spectacle, à souper au « Pied de cochon » restaurant à la mode dans les Halles nouvellement rénovées. Les fleurs occupaient toute une table. Yves était la vedette de la soirée.
Le lendemain il fut opéré, tout se passa au mieux !
Plus tard Eric Chabot a quitté sa femme et ses enfants trop encombrants pour la profession.
Il essaya d’embarquer Yves dans une tournée de quelques représentations dont-il empocha l’argent de la subvention et ne paya jamais les comédiens ! Yves s’est laissé faire une fois de plus !
Ce Jeune homme sans aucun scrupule a encore essayé d’entrainer Yves dans un court métrage en tant que coproducteur, c’était une arnaque bien empaquetée, heureusement qu’Yves ne s’est pas laissé prendre par ce projet qui était plus que douteux et qui n’a d’ailleurs jamais vu le jour !
Hier soir dans un quelconque téléfilm j’ai vu Eric Chabot qui jouait un petit rôle!
Il n’avait toujours pas de talent, un sourire d’enfant naïf et franc sur un visage un peu trop rond, un bon gosse en somme !
Tout ce qu’il faut pour réussir dans ce métier, inspirer confiance, et mettre toutes les notions de morales de coté ! Heureusement tous les comédiens ne sont pas comme lui.

à suivre.
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