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 L'Algérie. Chapitre 11

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Natacha Péneau

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Date d'inscription : 26/09/2005

MessageSujet: L'Algérie. Chapitre 11   Sam 6 Oct - 9:49

L’Algérie

Fin décembre 1955…Yves arrive ! Nous sommes tous là en haut de l’escalier à l’attendre, il ouvre la porte les enfants se précipitent en se bousculant dans les bras de leur père… je me souviens de sa petite valise qui était devenue sa seconde peau et qui le suivait dans tous ses déplacements bourrée de manuscrits en cours d’écriture et de documentation de toute sorte, sur le dessus modestement une paire de chaussette et un caleçon, c’était sa conception de voyager.

Ce jour là sa valise était remplie de mandarines cueillies la veille dans le jardin de son oncle.
Ce fut une belle pagaille dans notre petit escalier : le père, les enfants, la valise ouverte et les mandarines qui roulaient partout…Yves avait quelques jours de congé pour nous emmener avec lui.

Le bon coté de la bourgeoisie française : c’est qu’il y a toujours une amie dont le mari ou le père, ou le frère qui était selon vos besoin à votre disposition… il nous fallait un armateur…nous avons eut l’armateur ... qui justement transportait des vaches de Marseille à Alger. Il nous prenait gracieusement…ce sont des petits services que l’on se rend entre amis.
Tania devait rester à Versailles jusqu’à la fin de l’année scolaire. Les grands parents, chacun leur tour, la prendrait du samedi au lundi.

Nous avons rempli nos vieilles valises, nos sacs et nos baluchons pour une année de vie et nous voilà partis en train de nuit à Marseille.
En arrivant Yves nous laissa au café du port devant un copieux petit déjeuner et partit à la recherche du quai d’embarquement. Nous découvrîmes la belle bleue… elle était belle ! Le port était tout ensoleillé. Après la grisaille hivernale de Paris c’était déjà un premier dépaysement.

Yves nous emmena, sur un superbe petit paquebot rutilant au soleil!
Les marins avaient déjà embarqué les quarante deux vaches qu’ils devaient transporter en Algérie, il ne restait que nous quatre ! Une vaste cabine fut mise à notre disposition pour les deux jours et demi de traversée en mer !

Ce fut un beau voyage, si l’on met de coté l’inquiétude constante qu’un de mes gamins passe par dessus bord. Si ce n’était cette hémorragie qui me vidait les entrailles suite à la fausse couche que je venais de faire...

Nous prenions nos repas à la table du commandant.
Les matelots étaient très inquiets, plusieurs vaches mirent bas la nuit, pendant la traversée. Ils étaient dépassés par ce phénomène pourtant bien naturel !
Ils me demandèrent conseil, à moi qui n’avais encore jamais approchée une vache de ma vie ! Mais il est vrai de dire que les seules femmes à bord étaient les quarante deux vaches et…moi ! Je ne crois pas avoir été une bonne conseillère.

Au bout de ce voyage un spectacle extraordinaire : Alger la Blanche ! Ce nom n’était pas usurpé : un port en demi-lune d’une blancheur aveuglante la ville construite sur une colline en éventail …
Alger ! Nous voici.

**************

Yves avait loué dans une pension de famille, une grande chambre pour nous quatre… je trouvais qu’il faisait très froid, sous prétexte que nous étions en Afrique il n’y avait pas de chauffage central, qu’importe nous avons acheté des chauffages d’appoint.

J’étais heureuse une nouvelle aventure commençait.
L’oncle et la tante d’Yves étaient des gens charmants avec lesquels je me liais d’amitié ; nous étions invité deux fois par semaine à déjeuner, Yves allait à la radio pendant que je profitais des délices de leur jardin …. C’était un ancien palais arabe avec plusieurs cours intérieures et jardins en enfilades.
L’Oncle a su avec un goût raffiné mêler le style arabe avec des meubles anciens. Après la débâcle d’Alger c’est l’ambassade suisse qui racheta ce palais.
Cette parenthèse pour dire à quel point c’était beau !

Quant à notre pension de famille c’était une autre affaire ! Nous nous sommes aperçus au bout d’un temps relativement court, que nous faisions office de couverture pour une juteuse affaire de prostitution !
Une vieille dame semi paralysée, nous : avec nos enfants et quatre ingénieurs allemands présentions une façade de respectabilité ! Le reste des chambres de cette honorable maison était en fait une maison close pour clients de passage!
Yves chercha aussitôt un autre lieu pour y loger notre petite famille.

Nous nous sommes retrouvés sur les hauteurs d’Alger dans un appartement très agréable, au dessus d’un restaurant où nous primes nos repas, c’était prés du bois de Boulogne d’Alger où je pouvais aller me promener chaque jour…
C’est là que tout à coup j’entendis parler russe. Mon cœur se mit à battre plus fort. Je me sentais revivre, je retrouvais mes racines.
J’allais vers le son de la voix et trouvais un grand père qui se promenait avec son petit fils de l’âge de mes enfants.
Une famille russe exilée en Algérie Le grand père russe, habitait la maison à coté de notre appartement, Nous avons fait la connaissance de son fils et sa belle fille et sommes devenues inséparables pour le reste de notre séjour.

Je menais une vie de rêve…Les enfants partaient tous les matins à la garderie de la Croix Rouge, ce fut mon premier vrai repos depuis mon mariage avec Yves ! Les enfants partis j’allais déjeuner chez mes nouveaux amis russes au centre ville mon couvert était toujours mis. Le grand père russe me prêta tout Zola, quant à la Tante d’Yves (bourgeoise française plus s’il n’en faut) me fit découvrir Henri Troyat dont « Semailles et moissons. »
Parfois j’allais chercher Yves à la radio d’Alger, nous y avons rencontrés de futurs amis
Un cinéaste qui faisait des courts métrages dans le désert et qui avait des histoires fabuleuses à raconter aux enfants …Il nous emmena visiter les ruines de Tipasa endroit inaccessible en ces temps troublés, mais nous étions tous jeunes inconscients, notre anticolonialisme devait nous protéger de tout !

Cela nous protégea puisque je suis là pour vous l’écrire ! Notre amitié dura jusqu’à sa mort survenu à Paris quelques années plus tard…
Nous avons connu un garçon charmant qui s’était fait démobiliser en Algérie et travaillait à la radio d’Alger, petit ,laid, timide d’une grande gentillesse, toujours prêt a rendre service…En revenant à Paris quelques temps après il fut nommé directeur de radio Luxembourg ,nous étions très heureux pour lui, il engagea Yves dans plusieurs de ses émissions culturelles …un jour amoureux fou il épousa Dalida qui n’était pas encore connue c’est lui qui l’a lancée…
Yves dans le cadre de son travail le revoyait parfois, du grand bonheur il passa au profond désespoir quand Dalida le quitta. Puisqu’elle n’avait plus besoin de lui. Elle commençait son ascension. Il se suicida, elle était toute sa vie !
Maintenant quand j’entends parler de notre grande Dalida, elle me révulse car son premier mariage n’a été qu’une marche de l’escalier qui l’a menée à la gloire…et son mari au désespoir et à la mort.

A Alger la télévision en était à ses balbutiements…par contre la Radio sévissait dans tous les foyers.
C’est ainsi que tous les samedis soirs passait un feuilleton policier très populaire et très suivi le héros en était un certain commissaire qu’Yves incarnait. Quelle impression bizarre de marcher dans une rue et d’entendre par toutes les fenêtres ouvertes la voix veloutée et charmeuse d’Yves …ce feuilleton lui valut un succès fou et un courrier de ministre. Lettres d’amour, demande de photos, de dédicaces je le sentais très flatté et heureux, c’était bien ! Une pointe de jalousie de mon coté, n’était pas pour lui déplaire !

A Paris, Tania attrapa la scarlatine, elle fut hospitalisée, nous avons décidé de la prendre à Alger sans attendre la fin de l’année scolaire…Les relations de ma belle mère ont encore jouées… Tania fut accueillie à Marseille par des amies de la famille Péneau puis embarquée sur le même paquebot que nous avons pris auparavant sauf qu’il ne transportait pas de vache. Une assistante sociale accompagna ma fille contre un passage gratuit et je fus informée par télégramme de toutes les étapes de son voyage.
Mon cœur battait à tout rompre à l’arrivée du bateau. Mon bonheur était parfait, nous étions enfin tous réunis…

C’était aux environs de Paques, Yves avait un contrat jusqu’aux grandes vacances que la radio était prête à lui prolonger sans cela nous devions partir fin juillet … Je préférais rester oh combien ! Mais je m’étais fait un devoir de ne jamais influencer des décisions d’Yves concernant son travail…Il préférait partir car l’avenir du comédien est à Paris…En Algérie il était une vedette, plusieurs de ses pièces avaient été jouées … Mais Paris c’était l’avenir, son avenir…

Nous avons déménagé de l’appartement à la cloche de bois. Les enfants avaient bouchés la canalisation des toilettes en y jetant leurs jouets. Le patron voulait nous faire payer une partie des travaux qui s’en suivirent. Mais heureusement un employé magrébin nous a prévenu qu’il n’y avait pas de siphon dans l’installation donc nous n’étions pas totalement responsable des dégâts. Yves était prêt à donner tout l’argent économisé, son oncle l’en a dissuadé, « Va donc finir ton travail à la radio, nous nous débrouillerons avec ta femme. »
Mohamed, le chauffeur de l’oncle, devait stationner devant ma fenêtre je lui passais les bagages, puis les enfants après quoi je sautais dans ses bras.
L’oncle nous attendait dans sa villa. Il avait l’impression d’avoir participé à un western dont nous étions les acteurs !

Le bateau levait l’ancre à midi. Yves travaillait à la radio jusqu’à midi. « Ne t’inquiète pas, m’a-t-il dit, Je me débrouillerais pour être à temps sur le bateau. »
Mohamed nous a conduit au port il ne pouvait pas aller plus loin. C’est Yves qui avait les billets.
Je me suis retrouvée derrière la barrière avec mes trois enfants et surtout, ne riez pas, dix valises ! L’oncle et les cousins nous avaient habillés de pied en cape tous les cinq et couverts de cadeaux.
La sirène avait lancé son premier appel, toujours pas d’Yves à l’horizon...
Enfin je le vis courant ébouriffé vers nous mais le douanier ne voulait toujours pas nous laisser passer sans avoir épluché nos papiers avec une lenteur abusive.
Après le deuxième coup de sirène l’employé daigna nous ouvrir le portillon. Quand les passagers nous ont vus trainer les valises et les enfants deux d’entre eux ont eu pitié, ils descendirent du bateau pour nous aider. Le troisième coup de sirène hurlait pendant que nous embarquions

Nous sommes partis laissant des amis chers, une vie agréable, pour retrouver le Paris de mon enfance …Nous avons retrouvé notre appartement qui se situait toujours au 15 rue de Prony. Je le détestais de plus en plus, je m’y sentais étrangère…
Heureusement mon père était là, toujours fidèle, il vient nous chercher à la gare. Son amour et son amitié m’ont aidée mainte et mainte fois à surmonter nos difficultés.

Une autre page allait s’ouvrir à nous !

à suivre,
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