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 Moi. Chapitre 9

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Natacha Péneau

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Nombre de messages : 1684
Date d'inscription : 26/09/2005

MessageSujet: Moi. Chapitre 9   Mar 2 Oct - 6:36

Moi.

A cette époque je m’étais mise entre parenthèse. Je pense que j’étais heureuse, j’avais crée une famille qui semblait vivre dans la joie, les rires et les fou-rires éclataient de partout…Yves était un grand enfant, toujours solidaire avec les petits contre l’autorité que j’étais sensée représenter, il m’appelait « maman » et je suis devenue ‘la mama ‘ d’une grande tribu…
Mon père est venu vivre avec nous et j’héritais par la force des choses de ma petite sœur. .Toutes les décisions m’incombaient et c’était lourd à porter, mais je ne m’en rendais pas vraiment compte !
Ma mère me répétait sans cesse que je gâchais ma vie, et m’incitait à quitter Yves ainsi que cette existence de femme au foyer mesquine ou je perdais mon temps et mon talent !…et quand on est douée, on n’a pas le droit de le gâcher, n’est-ce pas ?
C’est probablement avec de tels arguments qu’elle a abandonné ses trois enfants…mon frère en Sibérie à sa mère. Moi à mes grands parents paternelle. Ma sœur à moi et à mon père…Je m’accrochais avec une mâchoire d’acier à la seule chose qui me semblait précieuse: ma famille !
J’ai mis une partie de ma vie en veilleuse. J’allais le soir faire des croquis de nu à l’académie de la Grande Chaumière cela entretenait mon plaisir de dessiner et j’écrivais des poèmes sur mes croquis. !
Quelle joie de jouer avec le fusain ou la plume, me retrouver dans ce monde silencieux et feutré que j’aimais, tant!
A l’heure du café quand Yves pouvait garder les enfants pendant une heure, je m’échappais. J’allais dans une brasserie devant le parc Monceau à deux pas de chez nous, c’était mon oxygène et mon jardin secret…j’écrivais. Yves m’ayant dit que mes écrits ne valaient rien, car ils ne suivaient pas dans la ligne du parti, c’était une distraction décadente de la bourgeoisie.
Je détruisais le lendemain tout ce que j’avais écrit la veille. Parfois mon père me demandait de lui lire un poème puis il le prenait et le rangeait soigneusement dans son petit bureau.
Au début de notre union j’ai adhéré au P.C. j’y croyais dur comme fer. C’était pour moi l’idéal chrétien sans le Dieu auquel je ne croyais plus depuis longtemps. Je militais à fond, les réunions de cellules, le collage des affiches, la vente de l’Huma le dimanche matin et bien d’autres choses.
Un jour je fus convoquée à la Section du P.C. Nous étions de nombreux représentants de plusieurs arrondissements.
« Camarades, nous a-t-on dit, Marty est un traitre au parti, il a été exclu, vous êtes chargé de l’annoncer aux membres de vos cellules ! »
« Des questions ? » je levais la main timidement,
« Oui camarade ? »
« Pour pouvoir convaincre les autres, j’aimerai savoir pourquoi Marty est un traitre, et en être convaincue moi même ? »
« Parce que le parti l’a dit. Cela devrait te suffire. »
« Oui. » Mais cela ne me suffisait pas. Je connaissais Marty par le biais d’Yves qui avait écrit une pièce de théâtre « Les révoltés de la mer Noire » à cette occasion il avait été voir Marty à plusieurs reprises. Je connaissais son attachement au PC. Il devait y avoir une erreur.
Il avait été un de ces marins de l’Aurore (bateau français) qui se sont révoltés contre leurs officiers pour rejoindre les révolutionnaires russes de Saint Petersbourg.
« L’Aurore » considéré comme une relique est toujours à quai en Russie.
Le PC m’a vidée (après un procès en règle) pour idées subversives. Ils ont ordonné à Yves de choisir entre sa femme et le parti !
Normal ! Maintenant que l’on connaît leur mentalité et leur idéologie… Personnellement j’aurai déchiré ma carte du parti, là devant leurs yeux ! … (J’avais déjà les trois enfants)…
Yves a demandé un temps de réflexion ! Il m’a toujours assuré que c’était une manière diplomatique d’en découdre avec le P.C. mais je ne l’ai jamais admis…à ce moment là j’étais prête à le quitter !
Mon père a joué un rôle de médiateur qui n’a pas du être facile, compte tenu de ma révolte du moment.
Mais, je suis restée …
Mes sentiments se sont transformés avec le temps, j’ai découvert les failles de mon mari que je compensais comme je pouvais pour garder l’équilibre familial.
Autant mon père m’a beaucoup aidé à admettre et comprendre certaines faiblesses d’Yves. Autant ma sœur était devenue difficile ! Ma mère la montait contre moi avec les mêmes arguments, les mêmes mots qu’elle avait déjà employés pour me monter contre ma grand-mère et que je reconnaissais au passage.
Ma mère s’est défilée de toutes ses responsabilités vis-à-vis de sa fille.
Elle la prenait pendant les grandes vacances à conditions que papa lui verse une pension pour le mois. Mais quand la fillette se réveilla un matin malade (rougeole ou varicelle) elle l’a mise dans le train et l’envoya chez moi...sans se préoccuper de savoir si mes trois avaient déjà eu cette maladie contagieuse. Ou si je pouvais m’en occuper.
Le pire fut un après midi : le téléphone sonne et j’entends ma sœur me dire : « Nat, vient me chercher à la gare. » Je lui réponds que j’étais seule avec mes enfants et ne pouvais pas les laisser à la maison... « Que ce passe-t-il ? »
« Je suis tombée de la mobylette, je suis toute en sang maman m’a envoyé chez toi...Je suis à la gare...Viens s’il te plait. » Que faire ?
« Prends un taxi, je le payerai quand tu arriveras. Ne t’inquiète pas »
Je ne sais pas si elle était inquiète ou pas...mais j’étais toujours là pour les coups durs, voir les docteurs, les profs ou les directeurs d’école, pour acheter les vêtements ou les coudre ... C’était son du, elle me boudait m’en voulait toujours de quelque chose... Quant à Yves elle le détestait cordialement, normal il lui avait prit sa grande sœur. Pour elle j’ai été une mère indigne pendant que « Maman » tirait son épingle du jeu...
Ma vie bouillonnait à gros bouillon !
J’avais ma famille et mes amis, les traditions russes que je voulais partager avec les enfants tout en les élevant dans la langue française pour qu’ils ne se sentent pas ballottés entre deux civilisations et deux cultures, comme je l’ai été moi-même

Avec Yves j’ai beaucoup appris et beaucoup ri ...

******************
à suivre.
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