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 La femme du comédien. (suite) Saigon chapitre 3

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Natacha Péneau

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Date d'inscription : 26/09/2005

MessageSujet: La femme du comédien. (suite) Saigon chapitre 3   Ven 21 Sep - 3:18

Saigon

La radio du bord nous parlait tous les jours. Là elle se fit plus grave : « Nous entrons maintenant dans une zone en guerre, je ne veux voir personne sur le pont, la fusillade peut éclater à tout instant. » ... Elle éclata soudain à mi parcours, nous regardions par les hublots les balles ne pouvaient pas traverser le flan du navire. Puis la fusillade cessa tout à coup. Nous arrivions au bout de ce voyage : le port de Saigon.
Ma surprise fut grande quand je vis de superbes éléphants attendant sur le quai. C'étaient eux qui faisaient office de grue !
Une chape de plomb, une chaleur à peine supportable...je ne pensais pas y survivre.
Mon mari m’attendait, je pris avec lui le premier cyclo-pousse de ma vie, honteuse qu’un petit bonhomme traine une femme enceinte trois fois plus grosse que lui.
Me voici dans une rue avec toutes les maisons identiques construites par les Français. Trois de ces maisons étaient réquisitionnées pour les militaires... nous étions noyé parmi le peuple indochinois avec lequel je me suis très vite bien entendu ... Il n’y avait qu’un robinet d’eau pour toute une rue tandis que nos trois maisons étaient parfaitement équipées. J’ai demandé à ma boyesse de laisser ma porte ouverte pour que les gens de la rue puissent prendre l’eau dans ma maison. Je trouvais parfois en rentrant des fleurs ou des fruits sur ma table, en guise de remerciements.

Avec mon mari ce fut différent.
Je me suis aperçue rapidement que le silence ce du beau ténébreux cachait une incommensurable bêtise et une vanité sans borne, en plus d'une jalousie maladive et une tendance à boire à outrance ! Il était couvert de dettes, les créanciers se précipitèrent dés le début du mois à notre porte...
Que n'ai je vu tout ceci avant de le rejoindre ? Mais je ne le regrette pas ! Il a fallu que je me prenne en mains. Quinze jours après mon arrivée ma fille est née !
J'ai cherché du travail. Après quelques petits boulots, j'ai été auditionné à la Radio, J’ai lu un texte et quelques un de mes poèmes, le fait que je sortais du cours d’art dramatique de René Simon m'a beaucoup aidé...
Je fus aussitôt engagée à Radio-Saigon où j’ai travaillé plus d’un an.
A cause de la guerre il y avait très peu de femmes blanches en Indochine. A la radio ma voix se prêtait aux interprétations d'enfants et d'ingénues, de fil en aiguille je n'ai pas arrêté de travailler comme comédienne en direct à la radio.
Puis on m'a demandé d'écrire une série de textes sur la vie des grands poètes et écrivains russes. Une émission par mois. J’en ai fait quatre en tout, allant me documenter à la bibliothèque de Saigon qui était bien fournie.
J’avais également une émission genre "cette heure est à vous". Je recevais de nombreuses lettres me demandant de passer tel ou tel disque pour Marie, maman, ou Juliette ! J’écrivais un petit texte entre le passage de chaque disque.
D'une moins que rien que j’étais, je me suis sentie devenir petit à petit comme les autres êtres humains ! J’ai repris peu à peu confiance en moi.
J’ai fait un bon en avant dans la connaissance de la langue française et de la culture générale. L’équipe de journaliste m'aidait à corriger mes fautes de français et d'orthographes, j'ai passé des heures à la bibliothèque municipale plongée dans des bouquins, j’avais une carte de presse qui me permettait d’emmener certains livres avec moi.
Petit à petit j'emmagasinais la culture en autodidacte...mais je me sentais encore si loin de compte.
A la maison j'avais une boyesse formidable qui avait plus de quarante ans, pour moi qui en avait dix huit, elle me semblait déjà vieille, remplie de sagesse et d’expérience. J’avais du respect pour elle, elle de l’affection pour ma fille et moi.
Chez nous l'enfer commença à la naissance du bébé. Une jalousie féroce :
« Comment peux-tu aimer cette larve autant que moi ? »
Le premier coup tomba, suivit de beaucoup d’autres, puis il se mettait à genoux me demandait « pardon ! » et me violait dans la foulée...
Ce cauchemar m’a mené à une tentative de suicide. Nous avions une arme en cas d’agression j’avais appris à la monter et la démonter. Ce soir là après m’avoir battue à coups de ceinturon il sortit, ma fille dormait la boyesse était partie chez elle.
Je pris la boite où le revolver était rangé, je l’ai remonté et mis les balles dans le barillet, à ce moment j’ai entendu la porte s’ouvrir, je n’ai eu que le temps de tirer dans ma poitrine à gauche sans viser.
Il se précipita vers moi : « Tu n’es même pas capable de te tuer, évidemment tu t’es ratée ! »
Les Indochinois voisins appelèrent leur docteur qui resta près de moi et demanda que l’on prévienne l’armée car il n’avait pas le droit de soigner une blanche.
Je fus prise en charge très rapidement et me retrouvais à l’hôpital Graal devant le chirurgien avec lequel j’avais fait le voyage sur le bateau. Tout en s’activant il me parlait tout doucement comme si j’étais sa petite fille...
« La balle n’est pas sortie. Pas de trou dans le dos. »
« Doucement, nous allons vous porter sur la table de la radio »
J’avais un trou dans la poitrine sans orifice de sortie.
« Elle est là juste sous le bras ! L’arme a du s’enrayer .Vite bistouri, pince, anesthésie trop dangereux de bouger la petite. »
Tout en opérant le chirurgien me parlait et il fut le premier à qui je me confiais ...
« Vous alliez laisser votre bébé à ce monstre ? »
J’ai eu honte de moi, je n’avais pensé qu’à ma souffrance.
J’ai décidé que je devais vivre pour ma fille au moins jusqu'à ses 18ans... Mais à l'intérieur de moi je me sentais morte, dédoublée me regardant vivre mais n’existant plus !
Quant à mon mari, le général lui colla trente jours d’arrêt de rigueur pour : détérioration d’une arme en temps de guerre...Il fut fou de rage ! d’autant plus que ce jugement le suivit tout le long de sa carrière l’empêchant de devenir officier.
Pour revenir en France j'ai du forcer la porte d'un général pour obtenir l’autorisation de partir avec ma fille. Je n’ai eu qu’à lui montrer mon dos zébré de coups :
« Je signerai les papiers dés demain et vous pourrez prendre le premier avion d’Air France en partance pour Paris. » me dit-il.
En attendant mon départ un militaire passait tous les soirs pour me demander si tout allait bien.
Nous sommes parties quelques jours après mes vingt ans. En avril 1950 j'ai pris l'avion pour notre retour ! À l'époque il fallait compter trois jours de vol une escale à Calcutta puis une nuit à Karachi, Bassora, une autre escale et une nuit en avion, pour arriver enfin au petit jour à Marseille !
Le premier café crème et les larmes aux yeux ! La France ....
Marseille- Orly où personne ne m’attendait ... j’ai pris l’autocar pour la gare d’Orsay le cœur lourd.
Pendant que le car démarrait j’ai vu le taxi de papa qui arrivait en retard ... Heureusement qu’il me vit. Ce fut la course folle dans Paris.
Pendant que je récupérais ma valise je vis ma sœur arriver en courant suivit de mon père et de ma mère... Le bonheur était là !

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Natacha Péneau
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