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 Après le Bal

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Natacha Péneau

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Nombre de messages : 1684
Date d'inscription : 26/09/2005

MessageSujet: Après le Bal   Ven 7 Mai - 10:59

Après le bal…
.
C’est vrai que ma vie a changé après mon premier bal … Je n’ en ai plus raté un seul !
Je papillonnais d’un soupirant à un autre au fil des soirées dansantes ou des grands bals de nuit…
La journée je travaillais dans un atelier de peinture sur soie et j’étudiais ( cours d’art dramatique) séances de « croquis » et cours de danses rythmiques, j’ai même commencé à apprendre le chinois ?
La vie était belle ! Je ne pensais pas à l’avenir .

.Vivre libre ou mourir telle était ma devise.

Dans certaines soirées j’apercevais ce beau ténébreux en uniforme de l’armée de l’air…
Il ne dansait toujours pas et m’intriguait, par sa présence silencieuse .…

Un soir au milieu d’une danse mon cavalier s’arrêta devant lui « Je te présente Alexandre …Choura veux tu finir cette danse avec Natacha ? » (Choura étant le diminutif d’Alexandre)
« Oui bien sur…. » répondit-il en bégayant.
Il savait danser, même bien…mais savait il parler ? je me mis à bavarder comme si nous étions copains depuis longtemps.. il répondait timidement mais parlait tout de même !
L’orchestre se tut, nous restâmes côte à côte, Il portait un brassard noir, j’appris qu’il venait de perdre sa mère . : la tristesse de son regard s’expliquait par ce deuil.
Dés lors mon coté maternel vibra et je le pris sous mon aile…J’avais seize ans, il en avait vingt… Nous sommes devenus amis, une amitié vraie , profonde et spontanée Une amitié bien plus grande que toutes les amourettes que j’avais pu vivre jusqu’à ce jour…
Il me fit des confidences sur sa maman très dépressive qui essayait de se jeter par la fenêtre ,lui la retenant de toutes ses forces …Son père était rarement là, sa présence s’accompagnait souvent de coups de ceinturon.
Vrai ou, pas c’était ses souvenirs et je n’avais aucune raison d’en douter… Il avait sept ou huit ans quand sa mère lui fut arrachée brutalement par des ambulanciers qui l’emmenèrent à l’asile psychiatrique de Sainte Anne ..Son père le plaça à l’internat russe d’où il ne sortit qu’à l’âge de dix huit ans pour rentrer immédiatement dans l’armée.
Ce pauvre gosse ! privé de l’amour de sa mère qui ne le reconnaissait plus et qui finit par se suicider à l’hôpital…privé de la tendresse d’un père pour qui il n’était qu’un poids mort, lui qui menait une vie d’ aventures, dans laquelle un enfant n’avait pas sa place…

Comme je le plaignais, j’avais envie de le consoler de le prendre dans mes bras… de le protéger !
Il est devenu mon meilleur ami !

Il était cantonné à Compiègne dans l’armée de l’air . Dès qu’il avait une permission ,il m’envoyait un télégramme .et je me rendais libre pour passer le samedi et dimanche avec lui… Il venait me chercher dans la banlieue où nous habitions. Nous sortions au cinéma puis …la mode étant au cornet de frites que l’on croquait avec délice avant d’aller au bal.

Quand nous ne dansions pas Choura dormait chez son père sur un divan dans une chambre d’hôtel à Pigalle. Quand son père était occupé il somnolait sur le palier…

Mes parents l’avaient adopté…C’était un jeune homme très bien élevé, timide et silencieux…

Sa venue était toujours une fête, s’il parlait peu, moi par contre bavarde comme une pie j’avais toujours mille choses à lui dire …entre temps il m’écrivait des lettres agrémentées de dessins humoristiques !
L’été approchait et je devais partir en vacances pendant deux mois à côté de la forêt de Rambouillet ,avec mes parents. Ma mère invita Choura à venir chez nous passer son congé militaire …
Il accepta avec plaisir…

J’étais intriguée par le fait que jamais il n’essayait de me faire la cour… je décidais de le conquérir !
Nous faisions de grandes promenades dans la forêt .Un jour , je lui proposai un pique nique nocturne à la bougie …Le décor était posé , c’était d’un romantisme achevé pour un premier baiser comme dans un conte de fée…

Quand il m’embrassa, la première chose qu’il me dit : « Quand allons nous l’annoncer aux parents » ?
-« Annoncer quoi ? »
- « Notre mariage ; » Mon Dieu qu’avais je fait ? j’étais catastrophée , j’avais joué avec le feu et me suis brûlée…je n’avais pas le droit de le repousser , mais n’avais aucune envie de me marier j’essayai de reculer l’échéance …
Mais il avait attendu trop longtemps : deux ans !
Si mes parents étaient d’accord , j’étais mineure et avait besoin de leur consentement, Choura reviendrait à Paris aussitôt pour prévenir son père et afficher les bans …

Tout allait beaucoup trop vite pour moi !

« Quand je t’ai vue au premier bal je suis tombé éperdument amoureux ! Tu étais comme une apparition dans ta robe blanche ! Jamais je n’oublierai cet instant ! »
Plus il parlait, plus mon cœur se serrait Il avait trop souffert d’un manque d ‘amour… et je l’aimais beaucoup trop pour lui faire du mal !
J’acceptai effondrée !
Le lendemain matin il demanda ma main à mes parents , j’espérai qu’ils répondraient que j’étais trop jeune et nous conseilleraient d’attendre encore un peu…
Et bien non, mes parents étaient ravis ! Choura partit à Paris le jour même parler à son père et organiser une rencontre avec moi d’abord et ma famille par la suite.
Il y avait également ma grand mère à qui je devais présenter mon futur époux…

Je reçus un télégramme de Choura, je devais revenir de vacances au plus vite pour les présentations à son père…

A partir de là tout alla de travers…j’avais l’impression de tomber dans un gouffre sans fin ! …
Il vint me chercher à la gare et commença à me dire en bredouillant, qu’à midi nous allions déjeuner chez sa marraine avec son père et puis dîner dans la chambre d’hôtel de son père avec sa maîtresse attitrée. Mais que le lendemain il nous faudrait déjeuner avec l’autre maîtresse le tout agrémenté de conseils et d’interdits…
Je compris que dans ce vaudeville j’avais intérêt d’ observer et à me taire…
Je sentais que Choura craignait beaucoup ces présentations ! J’avais l’impression qu’il jouait sa vie…Quant à moi je ne m’attendais pas à cette pagaille familiale…
J’avoue que ce fut l’horreur , son père m’apparut comme un vieux beau faisant du charme et se mettant en avant pour humilier son fils, qu’il traitait comme un chien !
«Vous voulez épouser ça, » me dit-il avec mépris ?
« Mais oui, bien sur ! »
j’avais envie de partir de claquer la porte sur cet homme suffisant d’autant plus que je voyais Choura se refermer comme une huître et prêt à obéir au doigt et à l’œil …

Nous partîmes plus tôt pour nous retrouver chez la maîtresse N°Un au dîner
J’étais complètement décontenancée. J’avais mal pour ce grand gaillard totalement sous l’emprise de son père.
J’essayais de parler d’autre chose ; de le mettre à l’aise et lui redonner confiance.
Le temps de prendre un café nous voici devant la porte de la N°UN
Elle avait une robe noire transparente qu’elle portait sans soutien gorge ! je ne savais pas où poser mes yeux elle faisait du charme sans aucune pudeur le père de Choura occupé par elle laissa enfin son fils tranquille ,
Ce fut pénible mais nous partîmes à la fin du repas .Laissant le couple à d’autres activités…
Plus jamais je ne reverrai cette femme me suis-je dit …

Restait la maîtresse N° Deux …celle à qui il ne fallait rien dire… J’ai sympathisé avec elle dés le premier regard, chez elle l’atmosphère était saine, le dîner normal et Choura n’était pas maltraité par son père…
Ouf. J’imaginais avec horreur comment ma famille verrait cet individu …

Comme je le prévoyais tout c’est passé au plus mal.
Ma grand mère l’a mis à la porte, mes parents ne voulaient plus le voir !
.
Vexé de ne pouvoir pénétrer dans notre famille, le père de Choura se retourna contre nous et décida d’empêcher notre mariage.
Plusieurs tentatives scandaleuses de sa part n’aboutirent à rien .
Ayant des relations dans tous les milieux , il réussit à mettre son fils sur la première liste en partance pour l’Indochine…

Les bans étaient publiés ,nous devions nous marier le 17 janvier juste avant son départ pour Saigon.
Le 15 au matin Choura arriva chez nous défiguré… « Papa est au courant il va venir le 17 à la mairie pour empêcher le mariage ! Que peut on faire ? »
« J’en ai assez , on ne fait rien ,si tu as peur du scandale que fera ton père ….on ne se marie pas… Voilà tout ! »
« Non, je t’en pris, je viens de passer à la mairie et leur ai demandé d’avancer le mariage d’une journée pour cause de mon départ en Indochine …Le maire est d’accord de nous marier demain… »
Je me taisais j’en avais vraiment assez depuis quatre mois nous vivions dans la boue des diffamations que son père jetait sur nous.

Un silence pesant se prolongeait… « Tu n’as qu’à signer les papiers et l’on se marie demain matin » me dit-il.
« Je ne signerai aucun papier !»
Sur ce, mon père que ce mariage arrangeait…car il avait une peur bleue de ma conduite indépendante…dit d’une voix douce :
« Et si nous jouions ton mariage aux échecs ? tu perds, tu ne te maries pas et si tu gagnes tu te maries ! »
Nous plaçâmes les pièces sans un mot. Mon père était beaucoup plus fort que moi, j’étais sure de perdre …c’était sans compter sur son désir de me voir casée et j’ai gagné la partie…sans y prendre garde !
Furieuse j’ai signé les papiers ,les jetant à Choura
« demain je serai à la mairie » lui ai-je dit.

C’était le 16 janvier …Le maire a du demander par deux fois si j’acceptai de prendre A.Y. pour époux avant qu’un faible « Oui » ne sorte de mes lèvres…

J’étais mariée….

Nous sommes revenus à la maison. Maman a ouvert une boite de petit pois…

Natacha Péneau

2 Mai 2010
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