L'envers des rimes

accueil des poètes et des nouvelles
 
AccueilPortailFAQRechercherS'enregistrerMembresGroupesConnexion

Partagez | 
 

 Le trésor magique ou Secrets de famille (2)

Voir le sujet précédent Voir le sujet suivant Aller en bas 
AuteurMessage
Paisansage

avatar

Nombre de messages : 102
Age : 69
Localisation : Lille
Date d'inscription : 24/01/2007

MessageSujet: Le trésor magique ou Secrets de famille (2)   Lun 16 Mar - 3:13

...
Grand-père a toujours aimé lire et connaissait Zola par cœur. Tiens, il avait inventé un procédé mnémotechnique sur son œuvre et le déclamait comme suit : « A Paris, Rome ou Lourdes, l’Argent fait La joie de vivre des Nanas qui pensent au Rêve d’une page d’amour sans Fécondité sur La terre qu’on appellerait Au bonheur des dames. Point de coup d’Assommoir sur le prix du Travail mais de La vérité dans Le ventre de Paris L’œuvre des femmes non rabaissées au rang de Bête humaine embellira nos pensées de Boutons de rose soufflés par un Ouragan d’esprit. » Il terminait tel un orateur qui revendique ses droits : « Cha ch’ed mi et j’l’ai pondu en Germinal! Oui Monsieur en Germinal. » Que de belles soirées avec aussi son auteur préféré, le poète mineur de Denain, Jules Mousseron. Mineur de fond et homme de scène. Il avait fait de Cafougnette son personnage fétiche qui traversait par ses histoires tout le nord de la France. Ah le nord de la France ! Une des grandes passions de mon grand père ! Les histoires de Cafougnette bien sûr, les récits de Mononque Hubert et ceux de Kapio un personnage qu’il avait inventé de toutes pièces. Les guinguettes et leurs flonflons. Les accordéons des gloires locales comme Aimable et Momo Larcange. Les kermesses, les ducasses, les carnavals et leurs géants. Dans la tristesse il parlait de l’horrible catastrophe de Courrières près de Lens du 10 mars 1906. Là, 1099 personnes périrent lors d’un coup de poussière. Horribles ces poussières de carbone qui s’enflammèrent et ravagèrent cent dix kilomètres de galeries après une explosion d’une rare violence. Larme à l’œil il contait le courage de treize hommes qui vingt jours durant se creusèrent un passage dans les galeries écroulées. Ils rampèrent et marchèrent sur des kilomètres et des kilomètres pour sortir du noir et voir enfin la première main propre tendue. Dans ces boyaux de terre ils trouvèrent la force en se nourrissant d’avoine et de la viande d’un cheval mort. Les obsèques aussi du treize mars de cette même année où à la fosse commune de Billy les Mines et sous une tempête de neige, quinze mille personnes se recueillir dans le respect le plus profond pour former le cortège humain le plus déchirant et le plus long d’Europe. Il était intarissable. Tenez ! Le soir quand il nous racontait des histoires près de la cheminée, même les mouches s’arrêtaient de voler pour l’écouter. Il était un véritable conteur venu d’ailleurs. Il s’exprimait parfois de façon emphatique, mais ses mots étaient des pétales, ses phrases des fleurs et ses histoires des bouquets de senteurs… Sa région était tellement ancrée dans son esprit qu’il voyageait toujours avec un petit flacon empli de terre natale mélangée à quelques éclats de « gaillette » d’anthracite et de boulets. Ceci est mon sol et je ne dois jamais l’oublier disait-il. Parfois et c’était rigolo, il parlait en rouchi, patois de Valenciennes, qu’il revendiquait avec force : « Essayer de faire taire le parler d’un terroir, c’est tenter de réduire l’histoire au silence pour oublier la parade du temps dans son défilé de cultures. » Je crois même qu’il était fier de sa trouvaille, car tel un homme d’état ou un comédien sur les planches, il hochait la tête en signe d’approbation et rythmait ses mots de son index. Il défiait le ciel qu’il connaissait tant et terminait toujours par : « Et cha ch’ed mi ! » Il se faisait fort de réciter en ch’ti aux bonnes gens venus d’ailleurs, un de ses poèmes sur Trith Saint Léger, village de son enfance et surtout de ses belles amours.

- Allez grand-père récite-moi !

ACCUEIL TRITHOIS

T'as biau aller bin lon à cacher et' quémin
Té peux pinser bin sùr qu'ailleurs ch'est mieux qu'ichi
Et aller vir aute part cheux qui font des chichis
Mais ch'est toudis à t'village qu'é t'arviendras d'main.

Les gins qui t'ont quer et qui connaissent et' pére
Sont d'el même souche qu'é ti et ne t' f'ront pas braire.
Ravisse autour ed' ti, arliève tes vrais amis
Et té verras qu'é té pinseras à cheux d'Trith.

In a pas peur ed' taper du poing sur el tap
Mais comme té sais, nos poings sont moins greux que not' cœur
Et y'aura toudis du rassacache et du rap
Pour chelui qui connot dins l'instant el malheur.


Trithois : Habitant de Trith-Saint-Léger situé près de Valenciennes dans le nord de la France.
Cacher : Chercher // Quémin : Chemin // Vir : Voir // Avoir quer : Aimer // Rassaquer : Retirer // Braire : Pleurer // Toudis : Toujours // Rassacage : Potée de haricots, de pommes de terre, carottes, navets et chou cuite dans une soupe à la jambette de porc d'où on la rassaque (retire).

Invité par un groupe de jeunes de son âge à un pique-nique sur le Mont Houy, il fut troublé au premier regard par une jeune femme aux pas hésitants. Elle avait des yeux d'un vert lagon dans lesquels il ne pouvait que plonger. Ses longs cheveux noirs contournaient son cou de déesse pour venir en natte, caresser le devant de son corsage. Broderie ou dentelle de Valenciennes ? Il n'en savait rien lui le sportif ! Pourtant la finesse de ce chemisier à broderies blanches et bleues, gonflé par deux seins cachés sous un tissu moiré, trahissait son émoi. Elle s'avança timidement et lui présenta un assortiment de tartes à gros bords, à la rhubarbe, à « papin » et au coulis de myrtilles. Leurs yeux se brouillèrent d’un trouble jamais rencontré… Leurs mains hésitantes se frôlèrent et quand mon grand-père embrassa la tarte aux myrtilles, une douce chaleur l’envahit et gonfla sa poitrine à en faire exploser son Marcel. Dieu n’existait pas. Il en était sûr et certain. Qui lui envoyait cette émotion jamais rencontrée ? La surprise attirante d’un hasard aimanté ? Le début d’un destin prononcé ? Son esprit virait au rouge et son cœur battait la chamade. Mais… Cette grâce caressante, qui embrasait son cœur d’un rouge émoi d’amour, d’où venait-elle ? C’est alors, et allez donc savoir pourquoi, une voix intérieure lui murmura ceci : « Te voilà amoureux et c’est elle qui t’accompagnera ! » Il baissa les yeux et cueillit délicatement une pâquerette pour sauver sa face rubescente. Il tourna son regard et sourit au papillon qui signait sur les bleuets échappés d'un champ de blé, l’instant de cet élan d’émotion et de félicité.

A suivre... A suivre... A suivre... A suivre... A suivre... A suivre... A suivre...



Paisansage
Revenir en haut Aller en bas
Voir le profil de l'utilisateur
 
Le trésor magique ou Secrets de famille (2)
Voir le sujet précédent Voir le sujet suivant Revenir en haut 
Page 1 sur 1
 Sujets similaires
-
» [Maggie Smith] Secrets de Famille
» Secrets de famille / A Nurse's Story
» [Machinima] Secrets de famille _ [15/09/12]
» Secrets de famille - Niall Johnson
» Arbre Magique (l') (VULLI) 1975

Permission de ce forum:Vous ne pouvez pas répondre aux sujets dans ce forum
L'envers des rimes :: VOS ECRITS :: VOS NOUVELLES.-
Sauter vers: