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 Le trésor magique ou secrets de famille (1)

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Paisansage

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MessageSujet: Le trésor magique ou secrets de famille (1)   Dim 15 Mar - 14:06

Le trésor magique ou secrets de famille.


« Où est votre trésor, là aussi sera votre cœur. » (Nouveau testament.)

« Si vous tournez votre lumière vers l’intérieur, Vous découvrirez le secret précieux qui est en vous. » (Huei-Nêng)


- Grand-père ! Grand-père ? Grand-père….
- Oui… Oui mon petit…
- Tu t’étais endormi ? Tu n’étais plus avec moi ?
- Oh que si ! Mais si tu le penses réellement, excuse-moi de m’être évadé dans un monde qui ne t’appartient pas encore.
- Quel monde Grand-père ?
- Le monde du trésor qui est en toi.
- C’n’est pas possible, on ne peut pas avoir de trésor dans son ventre Grand-père.
- Peut-être pas dans ton ventre, peut-être pas à ton âge, mais je peux t’aider à te constituer une richesse intérieure.
- Comment ça ! Tu peux m’expliquer Grand-père ?
- Bien sûr, viens près de moi et écoute bien.
- Tu veux que je pousse ton fauteuil près de la fenêtre ?
- Si tu veux, mais fais le rouler doucement, s’il te plaît…Pas comme la dernière fois, d’accord ? Ce n’est pas parce que tu aimes les courses de bolides que je dois devenir pilote !
- O.k., ok c’est cool...
- C’est quoi ?

Grand-père fut toujours à la hauteur de ses ambitions. D’ailleurs le mot hauteur n’est pas de la démesure car à l’âge de dix huit ans il battait déjà le record départemental du saut à la perche avec un bond de trois mètres quinze. Oh, pas de coussins d’air ni de mousse pour la réception, mais un simple bac à sable assoupli et allégé par les dents d’un râteau. Il s’entraînait avec une perche en bois par-dessus les buts du terrain de foot qui longeait l’Escaut à Trith-Saint-Léger dans la banlieue valenciennoise. Un jour, les fumées des blooms qui défilaient sans cesse dans les laminoirs du village, vinrent lécher les hauts sapins qui entouraient le stade. Le vent se leva bizarrement, ébouriffa ses cheveux devenus fous et fort d’aller plus haut, il toisa les éléments. Il s’élança en narguant le ciel devenu proche et à son impact sur le sol graveleux, la perche dans un bruit sec, se cassa net. Elle se transforma en lance acérée et lui transperca le mollet. Semonce de vie ! Réprimande d’action ! Nul ne sait mais depuis lors, il ajusta la barre de ses envies pour gravir avec raison les étapes de sa vie.

La guerre lui serra la ceinture surtout quand il se retrouva déporté en Allemagne, parqué comme du bétail et rossé de coups et d’injures. Dicté par la générosité d’un cœur sans rancune, il avait appris à pardonner pour se libérer l’esprit. On pouvait emprisonner son corps mais pas son esprit qui vagabondait encore dans le ciel de son enfance. Là était sa force et les images qu’il se projetait sentaient l’herbe tendre, les bleuets, les champignons, le plat qui mijote et les confitures de sa mère. Il se nourrissait des beautés de son village. Il parcourait les sinueuses ruelles aux secrets enfouis. Il longeait le sentier des fontaines près des sources jaillissantes du coron Cocu qui doit son nom à un boxeur régionalement connu. Il taquinait les brèmes carpées du grand étang paradis des pêcheurs fanfarons et rodomonts. Il arrivait à s’isoler, à voyager, à vivre ses rêves qu’il concrétisait dans ses pensées. Son âme devenait un écran gigantesque de souvenirs où les films de sa jeunesse se projetaient. Il se protégeait ainsi avec esprit contre les griffures et les meurtrissures d’un ennemi sans cœur. Alors il se disait chanceux d’être encore habité de doux souvenirs qui l’aidaient à vivre. Il se sentait fort et n’hésitait aucunement de ce fait, à tendre la main aux âmes en détresse, démunies d’envie de former des espérances.

Dans ces camps de déportés, dans ces parcs où tout le monde pataugeait sur des terres hostiles, la mort rôdait inlassablement et frappait les moins résistants. Mon grand-père n’avait jamais fumé et pourtant il ramassait les mégots qui pigmentaient cette terre grillagée d’humiliations, de flétrissures et d’avanies. Dire que son action fit un tabac serait trop facile, mais de cette récolte il allumait souvent la dernière cigarette aux hommes étiques et cachectiques. Ces moribonds persécutés s’éteignaient ainsi, les yeux hagards, dans les volutes d’une dernière bouffée. Difficiles années de sursis où tant d’amis sont tombés près de lui où tant de fois la mort semblait dire : « Je suis près de toi et je ne te lâcherai pas ! » Alors dans ces parcs de non vie, mon grand-père, qui pensait lui aussi bientôt partir, marmonnait, soliloquait et s’envolait bien souvent dans le ciel de son enfance. Un jour alors qu’il était perdu dans ses pensées lointaines, le vent se leva soudainement. Les nuages s’entrelacèrent dans un ciel mouvementé et lui écrivirent ce message : «Tout ce qui meurt a vécu. Tout ce qui ne meurt pas ne vit pas. » Cette phrase avait une résonance particulière dans ces antichambres de la mort. Valait-il mieux mourir que de ne pas vivre intensément ? Valait-il mieux mourir pour que l’on reconnaisse sa vie, son existence ? Mais il était encore jeune et l’expérience lui manquait ! Il devait acquérir un enseignement pour partager un savoir ! Dans ces enclos d’hommes décharnés et vidés d’envie, y avait-il un espoir de se voir grandir ? Là où il n’y a pas de vie, il n’y a pas de mort ? Vivait-il ? Tout s’embrouillait dans son esprit… Des larmes de pluie frappèrent ses yeux aux paupières diaphanes et lui lavèrent ses noires idées. Un peu groggy tel un boxeur sonné, il supplia le ciel qui pleurait lui aussi à grosses gouttes. Il s’agenouilla, ferma les poings et hurla à s’en casser la voix ces mots de condamnés : «Laisse-moi vivre ! Laisse-nous vivre ! » Alors et allez donc savoir pourquoi, la mort prit peur de l’immensité d’un cœur, recula sous un ciel grommelant et le laissa vivre en s’inclinant. Depuis ce jour, il s’accrocha fermement à la vie et la savoura pleinement pour braver ainsi, la fatale nuit des temps...

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