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 je suis pas rancunier suite du voyage part 3

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piji



Nombre de messages : 4
Date d'inscription : 06/10/2008

MessageSujet: je suis pas rancunier suite du voyage part 3   Mer 8 Oct - 2:49

Les voyages forment la jeunesse




4h12
Je crois bien que c’est la première fois que j’utilise la petite lumière de ma montre , ça fait pourtant plusieurs année que je la porte , la légèreté et le coté banal de cette réflexion qui m’est venue à l’esprit me fait sourire tellement elle contraste avec tout ce que j’ai pu ressentir ce soir.
C’est le calme dans toute la rame , quelques bruissements de tissus dans le compartiment , juste des corps qui cherchent dans leurs sommeils, un semblant de confort.
J’aime le bruit régulier du passage des essieux sur les jonctions de rails , un rythme simple , répétitif et sans surprise, rassurant , j’ai peut être un coté autiste , il ne manquerai plus que je me balance d’avant en arriére . Je comprends cette attitude et la fuite libératrice qu’elle représente , un aller pour un retour , et rien d’autre ne compte.
Le message que m’envoie mon esprit me dérange , il est peut être un peu tôt pour lâcher prise , je dois me concentrer sur autre chose ,me rendormir serait l’idéal , mais je crains que les moments de calme comme celui-ci ne soient plus monnaie courante dans les jours et les mois qui vont suivre . C’est un demi sursis , une semi liberté.



6h30
Je ne sais pas quand ni sur quelle réflexion je me suis endormi ,mais apparemment j’ai dormi ,Une lueur néon sale me barre le visage , le rideau est légèrement soulevé , nous sommes arrêtés , j’aperçois un quai et un panneau de gare indiquant un souterrain de traversé de voie .
« on est où ? »
« Metz ! » me réponds mon voisin d’en face .
Un seul mot , mais je n’y décèle pas d’accent du terroir , presque une élégance verbale.
C’est bon signe , décidément , il me plait bien .
Je referme les yeux , cette immobilité m’agace , un peu comme si on proposait à un condamné de faire une pause la tête sur le billot. Qu’on en finisse ,dans mon cas, il serait plus juste de dire , qu’on en commence . Cette formule est ridicule , mais j’imagine la tête du gradé de service qui la recevrait .
Je sais que je pourrai puiser une force dans le langage , dans le décalé , mais si je veux me fondre dans l’anonymat , je ferai mieux d’éviter la moindre bravade , même humoristique .




7h40
Le brouhaha a repris , le jour se lève lentement sur des paysages gris , sales et plats . Et c’est le nord , qui a mauvaise réputation , jamais je ne le quitterai pour cette région , même les pâturages sont grisâtres et habités de vaches neurasthéniques .
Une partie du complot , nous casser le moral , nous pousser à la dépression , une descente aux enfers sans purgatoire .
« fais gaffe , connard » Douceur de la langue française qui me ramène à la réalité .
En tout cas eux ils ne méritent pas mieux , ça pourrait même empirer , qu’il y aurait de la marge.
D’Après ce que je constate , dieu seul sait pourquoi , ceux qui sont à droite du wagon veulent ce rendre à gauche et inversement , du coup ils se croisent , se piétinent , se bousculent et expriment les désagréments à l’aide du maigre vocabulaire qu’ils possédent.
« connard toi-même »
Ah , enfin ils se sont reconnus , j’espere que maintenant qu’ils en ont finis avec les présentations , nous allons pouvoir finir en paix cette premiere partie du voyage.
J’essaie de retrouver une occupation pour donner une utilité au minutes qui vont suivre .
Reprendre l’observation de mon camarade extra terrestre , perdu lui aussi dans ce monde cruel .
Déjà , un bon point , au réveil il n’a pas l’air hébété et ridicule de nos camarades de compartiment , juste une mèche déplacée , qu’il ne manquera pas de domestiquer d‘u geste familier.
Je crains quand même pour lui la coupe militaire , il a l’air soigné et je ne pense pas que le visagiste coiffeur de notre glorieuse armée ait les même notions du bon gout et de l’élégance.
Il a un bronzage parfait , mais pas trop poussé , pas de trace lunette , des mèches blondies par le soleil et le sel .
Véliplanchiste , j’imagine que le mois d’aout , c’est vacances en familles , un appartement familiale au touquet , planche à voile l’après midi et country club le soir . Positif ou pas , je n’en sais rien , cinquante pour cent de ceux qui ont ce type de vacances sont des petits bourges prétentieux , le reste des gens simples , cultivés et intéressants.
Souvent en voyant les parents on peut savoir à quel catégorie appartient leur chére progéniture . Le souvenir de l’image familiale sur le quai semble plaider en sa faveur.
Je cherche d’autres signes , mais un mouvement de panique vient de démarrer dans le couloir .


8h20

Dans dix minutes nous arrivons à la première étape , comme un descriptif d’agence de voyage , le courrier à l’entête de l’armée française nous précise:
8h30 accueil des appelés , petit déjeuner , prise en charge par les formateurs des différentes unités .
9h00 Départ vers les casernes d’affectations.
Je ne sais pas qui a lancé le mouvement , mais comme un seul imbécile , tous se dirigent vers les portes , immédiatement en cœur , répondant à l’appel du troupeau , six des huit occupants de notre compartiments se précipitent sur leur bagages et intègrent la cohue , au milieu des cadavres de paquets de pomme chips et de canettes métalliques .
Nous sommes seuls , en un regard nous nous comprenons , il faut que j’entame la conversation , créer un lien , pour ne pas le perdre.
« ça promet !! »
« ça fait peur »
« Pierre »
« Patrick »
« c’est quoi ton affectation ?? »
« les chasseurs »
« moi aussi » silence …
« j’ai regardé , à quoi ça correspond , c’est une compagnie semi disciplinaire !! »
Il hésite , je crois qu’il n’a pas vraiment le cœur à engager une conversation.
« j’ai vu aussi !! » il se redresse un peu , d’un geste mécanique et rapide replace la mèche rebelle , prends une inspiration .
« de toute façon , on m’a pas demandé mon avis »
Joli résumé , mais il faut que j’en reste là , ne pas le brusquer .
Attendre , plus très longtemps , le train commence à ralentir , quelques minutes et nous quitterons cet amas de ferrailles , vers quoi ???

8h30
Le train c’est immobilisé , collés les uns aux autres , tant bien que mal ils avancent , leur silence et assez surprenant , ont-ils enfin peurs ? , ont-ils pris conscience ?
J’en doute , ils sont simplement murs , prêts , ils ne s’appartiennent plus , désormais ils sont propriété de l’état .
Quand enfin les couloirs se vident j’invite ‘ Patrick ‘ .
« bon , on y va »
Lentement , nous descendons nos bagages , les derniers moutons sont au bout du couloirs , nous traversons l’étendu de détritus , et je comprends mieux l’affectation de ces antiques wagons aux transports de troupes , j’imagine que le nettoyage de ce type de convoie , dois être ressenti comme un blâme ou une punition pour l’équipe d’entretien ,à moins qu’il n’y ai un tirage au sort et à chaque fois un perdant.
Nous sommes maintenant au bord du marche pied , sur le quai le groupe c’est arrêté face à une rangé de militaire , un tout les deux mètres , les jambes écartés , le treillis nickel , les bras derrière le dos , silencieux.
Tout du long de la rame , des militaires entre dans les wagons , ouvrent les compartiments , et ressortent à l’autre bout en criant « vide,chef » .Derrière nous le soldat préposé à notre wagon , tente d’une voix mal assuré ,bien que forte « allez , allez on se dépêche » .Je me retourne , c’est un gamin , il n’a pas l’air méchant , il aimerai surement , mais c’est raté . Je tourne la tête lentement , le fixe dans les yeux , sèchement , dédaigneusement , il faiblit et baisse les yeux . Première victoire , aussi vite , aussi facilement ! C’est encourageant.
l’affrontement n’a pas échappé à mon futur nouveau collègue , il en a saisie le sens et la portée , nous sommes et restons des êtres libres.

8h37
La mise en scène théâtrale , de la ligne parfaite de militaire semble fonctionner , c’est dans un silence parfait , que le petit homme vert du milieu fait deux pas en avant , sort son texte et nous ânonne le fonctionnement du tri . A l’appel de son nom chacun se placera en ligne derrière le militaire qui l’aura appeler . Rien de bien compliqué , mais un léger murmure commence à s’elever du groupe .»Silence !! …..Caporal vous pouvez commencer »
Chacun leurs tour les caporaux sergents et autres je ne sais quoi tentent de déchiffrer une liste d’une trentaines noms ,les propriétaires de ces noms souvent écorchés viennent s’aligner derrière eux.
Un nom de famille et Patrick part se placer, je compte le nombre de personnes qui compose son groupe , encore cinq ou six , je croise les doigts , oui , j’y suis .
Pour l’instant , c’était la seule chose importante , mon univers : un parfait inconnu.
En longeant la file , je scrute les visages , plutôt rassurant , aucun ne porte le masque de la bêtise évidente , ai-je de la chance? Pourquoi pas ? Je commence a y croire.
Maintenant que mon groupe est formé je me moque du reste de l’énumération , j’aimerai juste observer le visage de notre formateur , le dévisager , l’analyser , une première impression , voilà ce que je veux.
« suivez moi »
C’est un groupe de trente jeunes adultes armés de bagages disparates , qui se met en route , une file ridicule que nous semblons respecter , un grand , un petit , un gros , un maigre , blousons , vestes , cheveux longs ou courts , qu’avons-nous en commun , le manque de sommeil et l’inconnu ou juste nos solitudes.
Nous contournons un vieux hangar de bardages métallique , une double porte vitrée , nous entrons dans un réfectoire sans couleur , notre guide nous indique une longue file d'accès style self-service et un mont de plateaux trempés .
"vous avez dix minutes , pour le petit déjeuner"
La glissière doit bien faire dans les quinze mètres , les dix premiers longent des étagères en aluminium vides , sur les deux mètres suivant , on trouve deux maxi thermos , café et chocolat , des paniers en osier avec des tranches de pains , des bacs alimentaires en plastique avec des doses individuelles de beurre et de confitures , et enfin des bacs aluminium avec sachet de sucre , cuilleres et couteaux .Sur les trois derniers mètres , une bande de jeunes boutonneux déjeunent , ils portent des blouses blanches de cuisiniers maculées de taches de sauces qui ne sauraient provenir de ce somptueux petit déjeuner , leurs mains sont sales et j’imagine sans peine qu’elles ont servies à couper le pain que nous allons déguster.

8h55
Je suis assis , j'ai réussi à me placer à la première place de la première table dans le coin , personne derrière moi et sur quarante cinq degré j’arrive à voir toute la salle et tout ses occupants.
Ceux qui m’intéressent tout particulièrement ce sont les soi-disant formateurs , leurs treillis sont plus luisants que ceux des autres intervenants , les rangers brillent , bérets ,ceintures et autres décorations sont identiques , par contre pour leurs visages il y aurait plusieurs catégories.
La première , que l’on pourrait appeler « conforme » , visage carré , rasage impeccable , un à deux millimètres de cheveux , un coté dérisoirement sévère , on imagine facilement un langage militaire recommandé par la procédure. Ils font mine d’observer le groupe prés à intervenir sur le moindre plaisantin.
La deuxième , se caractérise par une longueur de cheveux d’environ cinq millimètres , grâce à cette « longueur »capillaire on aperçoit les erreurs de tondeuse , moins sûr d’eux , ils ne toisent pas l’ensemble du groupe , mais juste la table qu’ils ont accompagnés ,
Légèrement en recul ,ils écoutent la catégorie premiere .
La troisième , et sensiblement physiquement semblable à la deuxième , ils ont juste comme un éclair d’intelligence et d’humanité dans leurs yeux .
Autre point commun les catégories deux et trois n’ont pas un physique bodybuildés contrairement à la première .
Ce qui n’est pas pour me déplaire , notre formateur fait parti de la troisième catégorie.
D’un geste ample , le plus conforme du groupe de première catégorie , regarde sa montre , visiblement il doit être l’heure ,il gonfle sa poitrine et s’avance vers le milieu de la salle d’une démarche qui doit se vouloir virile ,ou signifier un problème testiculaires , il se campe dans cette position que nous avons connus à notre arrivé , jambe écartés mains derrières le dos , Immédiatement le silence ce fait .Premier code militaire assimilé.
« vous rassemblez les plateaux au début de chaque table , puis vous rejoignez votre formateur, exécution »
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