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 je ne suis pas rancunier , l'enfance partie 2

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piji



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Date d'inscription : 06/10/2008

MessageSujet: je ne suis pas rancunier , l'enfance partie 2   Mar 7 Oct - 1:37

1) L’éducation nationale



L’entrée au primaire fut pour moi une révélation , la connaissance loin d’être rébarbative , était composée de jeux et de récits passionnants .
Dés le premier jour , quand je vis sur le pupitre les livres qui nous accompagneraient , la plume , les protéges cahier , et les cahiers d’écriture , je pris conscience de l’ importance de cette nouvelle année .
Les grands panneaux cartonnés suspendus par deux oeillets aux murs de la classe , parlaient de champignons , de pays , d’animaux , de machines à vapeurs , tout cela nous été offert , nous allions accéder à toutes les connaissances , j’avais hâte , j’étais assoiffé , même si le nouveau tablier que nous étions allés choisir dans la boutique de mon grand père , était si peu souple , que j’avais l’impression d’avoir les bras écartés du corps et d’être aussi à l’aise que dans un costume du dimanche , mais sans le nœud papillon .

Le calcul et les mathématiques devinrent rapidement mes instants de jouissances scolaires préférés .
Ensemble de jeux , énigmes , à résoudre qui nous permettaient d’amasser quantité de bons points , qui par multiple de dix se transformaient en images que nous choisissions dans l’énorme tiroir du bureau du maître .
Ce qui ne fut pas pour me déplaire, c’ était que naturellement , sans aucune consigne , les additions , soustractions , multiplications et divisions avaient fait naître un concours de rapidités entre les quelques élèves qui maîtrisaient le mieux ces exercices , ayant toujours été d’avantage meilleur gagnant que mauvais perdant , j’adorai être le premier a signaler d’un doigt levé que j’avais mis à mal la liste d’exercices en un temps record .
Le bonheur fut encore plus grand quand les robinets qui fuient , les baignoires qui se vident pendant qu’on les remplies , les trains qui se croisent à des vitesses différentes , vinrent s’ajouter aux festivités algébriques et arithmétiques .
Au plus la complexité des problèmes avançait , plus le cercle des élus au jeu de rapidité ce rétrécissait , nous n’étions bientôt plus que deux ou trois à mettre moitié moins de temps que les autres pour résoudre les exercices.



Même si c’était intellectuellement moins stimulant ,l’histoire et la géographie me passionnait , ces grand récits qui devaient nous emmener de la préhistoire à nos jours du cour préparatoire au cour moyen deuxième année .
Les livres d’histoires étaient agrémenté d’anecdotes et de dessins crayonnés .
Aujourd’hui ces compléments paraîtraient fantaisistes ,voire ridicules . Mais c’était ces détails de la vie néandertalienne , ces croquis de son habitat , les prouesses racontés par les ménestrels et autres inutilités qui me laissaient en manque de connaissances quand la cloche retentissait.
Bien qu’ayant lu à l’avance l’ensemble des chapitres des livres d’histoire et de géographie , j’appréciais que l’instituteur sache ajouter une dimension solennelle aux différents chapitres , validant les écrits et confirmant la dimension réelle de ces fabuleux contes.
Riche de ces nouvelles connaissances , la cour de récréation se remplissait au fur et à mesure de l’avancé du programme, de chevalier Bayard sans peurs et sans reproches ,de Roland et de sarrasins armés de règles en bois,malheureuses règles qui auraient bien du mal à tirer des traits droits à la fin des duels.
Comment ne pas aimer être ainsi instruit d’histoires , de quêtes et de croisades qui comblaient nos journées et remplissaient mes rêves.



Il me fallut attendre ce que l’on appelait la 9° , pour que l’on nous accordent un droit nouveau , Le droit de s’exprimer , ce merveilleux pouvoir s’appelait : la rédaction.
Evidemment ,au début c’était 5 , 10 lignes . Racontez votre plus beau souvenir de vacances , votre rentrée des classes , c’était peu de choses , mais les mots m’appartenait , j’avais tant lu les autres et maintenant je serai lu .
Rapidement , j’ insérai des souvenirs inventés , des passages imaginaires , des sensations pris à d’autres . J’évitais le plagiat de mes lectures ,imaginant qu’il n’échapperai pas à ce puit de culture qui avait mission de nous éduquer .
J’attendais avec impatience le rendu des devoirs , et surtout les commentaires qui accompagnaient la copie.
Il n’y a que peu de mérite à obtenir un vingt en réussissant à résoudre un problèmes mathématiques , mais obtenir cette note pour ses écrits c’était accéder à la félicité , je connaissait le bonheur d’avoir été passionné par une lecture , le susciter est une fierté .



En dehors du programme établi , j’appris plusieurs choses .
D’abord cet intérêt et cette fascination n’étaient pas partager par tous , certains semblaient même contrariés que de nouvelles connaissances leurs soient offertes .
Quand ils arrivaient à leur seuil de saturation , ils posaient des questions bien qu’aillant tout compris ,uniquement dans le but d’éviter que nous abordions le chapitre suivant à quelques minutes de la fin des cours.
Cette attitude m’exaspérait , et d’avantage encore la gloire qu’ils tiraient d’avoir su retarder l’arrivé du savoir dans nos petites têtes .Je haïssais ces imbéciles et ne comprenais pas ce jeu.

La deuxième chose que j’appris , c’est que nous n’étions pas égaux devant l’apprentissage.
Certains ne voyaient pas les évidences , ne comprenaient pas la plus basique des règles de calcul .Apprendre une table de multiplication pouvait être un calvaire , moi qui n’ai jamais appris une leçon , j’avais du mal a comprendre que l’on puisse passer un week-end sur la table de quatre et ne pas être capable d’en ressortir une ligne le lundi.
Je n’avais aucun ressentiment envers eux , et je remerciais Dieu , puisqu’il existait encore à l’époque , de ne pas m’avoir fait souffrir ce martyre.
A aucun moment je n’avais associé avec l’intelligence ce handicap incompréhensible. Certains de mes camarades de l’époque était capable à neuf ans de démonter et remonter un carburateur et séchaient lamentablement sur une division basique . J’y voyais plutôt à l’époque comme une prédestination génétique aux métiers que nous exercerions plus tard.

Enfin , j’appris qu’il existait une race d’homme qui possédait le savoir .J’imaginais que l’instituteur était en haut de l’échelle des humains les plus indispensables , puisqu’il possédait la connaisance , côtoyer un tel être devait sublimer une vie .
Notre instituteur de cours élémentaires deuxième année , avait une fille du même age que nous , qui suivait sa scolarité à l’école de fille voisine de la notre .
Le soir elle rejoignait son père et passait l’étude dans notre classe .
Portrait craché de l’éleve modèle , petite , menue , de longues nattes , des petites lunettes rondes , elle semblait d’une timidité exacerbée et traversait la pièce en prenant garde de ne pas croiser les regards des jeunes garçons .Sans bruit , à peine un frôlement elle s’installait en face du bureau de son père , sortait méticuleusement ses cahiers , ses livres et sa trousse . Presque méthodique , en tout cas précise dans ces gestes , chaque objet semblait avoir sa place ,ce cérémonial de mis en route devait être un rite esentiel puisqu’une fois fini , elle se penchait sur son cahier et ne cessait plus d’écrire jusqu’à la fin de l’étude.
J’imaginais la fierté qu’elle devait ressentir d’avoir un tel père , les repas familiaux devait être des moments d’échanges culturels , leurs vacances , certainement l’occasion de visiter , des lieux historiques , des volcans éteints , la source de la loire , les châteaux du même nom .
Elle avait eu la chance d’être enfantée par un être d’exception , l’avenir ne pourrait pas se passer d’elle , surement serait elle professeur ou chercheur , de toute manière , elle ferait partie de l’élite .

Cette année là fut la meilleure , entre cet homme passionant , cette premiere vision féminine qui intriguait le jeune pré adolescent que j’étais , des résultats scolaires à la hauteur de mes exigences , et surtout ce fut cette année là que j’appris à maîtriser l’art de la ticquette , une façon de lancer les billes avec l’ongle du pouce , qui me permit de remplir le tiroir de mon lit bateau , d’une quantité astronomique de billes et soldats disparates .
Outre le fait que je n’étais plus reconnu uniquement comme un bon élève donc un chouchou ,mais aussi comme un ticqueur redoutable , l’intérêt de cette acquisition c’était le facteur déterminant qui m’avait permis de passer de joueur moyen à tireur d’élite , en dehors de la simple détente du pouce et de la maîtrise de la puissance , je m’étais rendu compte qu’il fallait bien visualiser la cible . Sans la quitter des yeux , le cerveau devait créer un pont entre le projectile et la victime , quand celui-ci se faisait sur et garanti , verrouiller tout le corps , bloquer la respiration et tirer.
Je ne le savais pas encore , mais cette maîtrise restera valable toute ma vie et quelque soit le projectile. Petit complément ,la rage renforce la précision .
Ce fut donc propriétaire d’un trésor de guerre , riche de plus de deux cent billes et autant de soldats que ce termina cette année bénie .

La rentrée fatale.

A chaque rentrée , c’était la même chose;
« ce maître là , est sévère »
« on dit qu’il tire les oreilles »
« il met les mauvais éleves sous son bureau »
« il y a beaucoup de punitions »
« ….. »
Je n’étais jamais inquiet , ne me sentant pas concerné.
Mais cette année , j’étais chez Lui .Et LUI c’était different .
Autant les autres maîtres surveillaient les récréations en se déplaçant dans la cour , renvoyant d’un coup de pied appliqué le ballon au joueur de foot , observant les exploits des tireurs de billes , réglants les différents calmement en juges impartiaux , détectants les pleurs et les cris anormaux avec professionnalisme.
Lui , il s’installait sous le préau , en chassait ceux qui avait choisis ce terrain de jeux , puis il allumait une cigarette et peu importe le reste .
Quand c’était lui , les rackets allaient bon train , impossible de se plaindre . Les plus grands faisaient la loi , on pouvaient s’écorcher , tomber , être bousculer , personne ne viendrait , et surtout il valait mieux ne pas aller voir le Maître .
Des fois , sans raisons apparentes il quittait le préau , et il criait que nous étions trop bruyants , que la récréation se transformait en ramassage de feuilles mortes et qu’il n’en reste pas une si nous voulions profiter des récréations à venir.

Tout semblait se vérifier , en classe , il ne quittait pas son bureau , un élève chaque jour passait au tableau pour écrire les phrases importantes du cours , charge à lui de recopier les cours du jours sur son cahier en empreintant le cahier d’un autre.
L’élève qui était au tableau , en prenait pour son grade , moqueries et railleries , une faute d’orthographe et c’était un festival de sobriquets , même les caids de la classe finissaient en larmes.
Les punitions pleuvaient systématiquement et les centaines de lignes humiliantes à copier dans le couloir pendant les récréations , n’épargnaient que peu de gens .
Ayant des bonnes notes et grâce à une technique de camouflage qui consistait à ne passer mes yeux que du tableau vers mon cahier et vice versa. J’échappais longtemps aux punitions.

Un jour pourtant , lors de la remise des copies de l’interrogation de mathématiques , je me vis recevoir un zéro et une remarque orale qui me passa bien au dessus , tellement j’étais estomaqué.
Un zéro sur vingt , énorme , rouge et une feuille barrée de haut en bas , avec l’annotation Faux en majuscule.
J’avais beau regarder , je ne pouvais mettre trompé sur ce problème , j’attendais la correction dans une incomprehension totale .
Tout à coup je compris , la correction était fausse , pour ce simple problème de parking , le maître était tombé dans le piège . Il n’y avait qu’un seul piège et il ne l’avait pas vu , garant des demies voitures , là ou la surface était insufisante.
J’attendais donc la fin du cours.

Ce fut court , je n’eu pas l’occasion d’expliquer quoi que ce soit .
Il prit ma feuille et souligna cinq fois de plus en rouge le Faux majuscule.

Le soir venu , j’expliquais à mon père l’ événement de la journée ,lui tendant ma copie et le corrigé .Celui-ci me confirma que j’avais raison et devant le recit de la réaction du maître à la fin du cours , mon père décida de venir à l’école à la fin des cours .
Autodidacte , mon père directeur commercial en imposait par sa présence , et l’ effet fut saisissant , malgré le calme , la politesse et la diplomatie avec lesquelles mon père expliqua les données du litige , Lui , disparaissait , devenait tout petit , penaud , ridicule .
Il expliqua à mon pére que mon raisonnement allait plus loin que ce qui était demandé .
Mon père lui fit remarqué qu’une réponse plus juste et plus précise , ne pouvait pas être considéré comme fausse , et qu’il devait comprendre mon étonnement.
Lui , de son maudit stylo rouge remplaça le zéro diffamatoire par un vingt libérateur. L’affront était lavé .

Le lendemain , le cœur léger , je me rendis au bureau pour faire corriger la courte dictée hebdomadaire , formalité , d’autant qu’aucune animosité n’occupais mon esprit.
Instantanément un trait rouge profond vient traverser ma copie de bas en haut , suivi d’un énorme zéro , et d’un commentaire cinglant .
« c’est quoi cette écriture de cochon !!! »
« tu copieras cent fois , je ne dois pas écrire comme un cochon!! »

Il en fut ainsi chaque semaine , pour chaque dictée , pour les punitions elles me tombaient dessus chaque jour , pour des tas de motifs variés , j‘étais le responsable de tout les maux de la classe et j’en devins la victime expiatrice attitré , Mes récréations ne connurent plus que les murs du couloirs et les lignes qui se répètent
Les rares exceptions furent les arrêts maladies , fort heureusement il en était le recordman local , certainement de façon inconsciente , étant donné le nombre de pilules et d’inhalateurs qu’il utilisait.

Cette année qui fut la plus longue de ma scolarité , eut deux conséquences importantes , d’abord je devins disorthographique , ensuite j’appris que l’on peut survivre à des mauvaises notes et que l’echec scolaire n’empeche pas de vivre.
Désormais je savais que l’enseignant n’est pas un être supérieur , qu’il peut être plus bas que tout , plus faible , qu’il peut s’asseoir sur sa position pour masquer sa médiocrité , et qu’un enfant de dix ans peut être plus intelligent que lui .
Que le fait de détroner l’instituteur de son piédestal est un crime de l’aise majesté , dont il est responsable vis-à-vis de ses collègues et face aux générations d’élèves , à qui il apportera cette détestable information , le savoir absolu n’est pas dispensé par des être purs ou alors il faut le chercher ailleurs que dans l’école républicaine

Lui , je ne l’oublierai jamais…
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