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 Je ne suis pas rancunier , je n'oublie rien . 1 er partie

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piji



Nombre de messages : 4
Date d'inscription : 06/10/2008

MessageSujet: Je ne suis pas rancunier , je n'oublie rien . 1 er partie   Lun 6 Oct - 9:46

La genèse


C’est le 5 octobre 1983 , que j’ai commencé à purger ma peine , un an de privation de liberté , une condamnation automatique , sans jugement et sans procès , simplement parce que j’avais la nationalité Française et que j’étais un mâle .
Cette injustice , je devais en être fier , des milliers de jeunes appelés ,comme ils disent , ont portés avec fierté la tenue de bagnard vert kaki qui sera la mienne pour ces douze mois avenir .Mais pour moi , personne n’a ce droit sur ma vie , mes futurs tortionnaires se doivent d’être des hommes supérieurs s’ils veulent que je leur reconnaisse ce pouvoir . Là, j’ai un doute, voire une certitude , le peu de personne méritant ce titre que j’ai rencontré dans ma vie , ne laisse pas grande chance aux probabilités de trouver dans une caserne un de ces êtres d’exception .

20h45

Un arrêt au feu rouge , une file de voiture qui redémarre , nous roulons au pas typique des circulations de grandes villes , avançant souvent moins vite que les piétons , que l’on dépasse et qui nous rattrapent quelques mètres plus loin.
La voiture s’approche de la gare de Lille , je me concentre sur les paysages urbains , quelques façades grises , une vingtaine de mètres de l’entrée ,certainement mes derniers en tant qu’ homme libre , je ne veux pas que l’on m’accompagne , il ne manquerai plus que l’on pleure et qu’on se sorte des banalités , j’ai trop de rancune et je veux m’y morfondre .Je me concentre sur ma haine , il faut qu’elle devienne ma rage , condition sine qua non de ma survie mentale .Je me prépare à vivre seul , robinson du service national entouré d’une multitude de sous- vendredi , qui seront difficiles à civiliser .

20h50

Mes pensées se bousculent alors que j’entre dans le hall de la gare , la gare de lille , je suis sur qu’il existe quelque part , un document vantant sa beauté , son architecture du milieu du 19° siècle , sa façade , ancienne façade de la gare du nord , démontée et installée ici quand elle devint trop petite pour les parisiens .Il doit exister des poèmes , des romans ayant pour théâtre joyeux , cet endroit . Mais la beauté d’un lieu n’est fonction que de ce qu’on y vit . Les amoureux transis qui se quittent ou se retrouvent sur les quais , n’ont pas laisser d’aura .Les vacanciers , familles et colonies , groupes de copains et aînés en partance ont effacés les traces du bonheur qu’ils avaient à se retrouver là. Et ce serait avec plaisir que j’abandonnerai sur place le fantôme de mon déchirement , qui hanterai les lieux et glacerai les joies des prochains voyageurs.
Demain , attachés cases , cartables et sacs de voyages se moqueront bien de mon passage , redonnant son identité banale à ce hangar immonde que l’on voudrait chef-d’œuvre d’architecture.

20h55

En arrivant devant les quais , le spectacle est pire que je ne l’imaginais , pour peaufiner le décor , la Sncf , nous a sélectionné , les plus vieux wagons qu’elle possède encore , je suis sur qu’en grattant l’épaisse couche de peinture verte qui recouvre tôles et boulons , on pourrait retrouver l’ inscription 3° classe , qu’ils ont dus mérités .
Devant chaque rame un panneau en bois , surveillé par un homme en treillis , porte un nom de ville allemande . On se croirait dans ces films d’après guerre ,ou dans des gares sinistres des trains bondés ramenaient aux pays des anciens combattants hagard de retours de captivité. Sauf qu’ Aujourd’hui on ne reviens pas ,on part , déportation moderne , au nom de la paix , en mission d’occupation amicale , chez nos voisins allemands .

21h00

Neustadt an der weinstraBe , Voilà le quai maudit , une foule de petit groupe familiaux occupe de façon désordonné l’espace , j’entends des rires des gloussements , les pères ont l’air fiers de leurs progénitures , les mères aussi mais l’instinct maternelle semble leur donner un peu plus de réserve . Des visages rougeaux et des propos décousus prouvent que certains ont «  arrosés » l’évènements , leurs fils vont devenir des hommes !! Aucun d’eux ne semble partager ma révolte .Aucun !!pas tout à fait , en retrait une famille me saute aux yeux , à la limite je ne vois qu’eux , tellement ils sont immobiles , des parents silencieux , une petite sœur qui doit être très proche et que l’absence va obliger à grandir , enfin un gars , mince , qui porte une tenue décontracté avec une élégance naturel qu’il ne peut cacher , mais surtout , un regard aussi vide de désespérance que doit l’être le mien , il n’est pas plus à sa place ici que je ne le suis .Je me tiens à distance raisonnable de cet autre alien , je dois être dans le même compartiment que lui.

21h20

Les hauts parleurs sonnent l’heure du départ et dès le début de l’annonce ,c’est une cohue monstrueusement ridicule , la règle en est très simple , s’écraser les uns les autres pour passer la porte , se jeter sur le premier compartiment libre , prendre le maximum de place dans le porte bagage , poser veste ou blouson sur la place que l’on veut occuper et revenir encombrer le couloir pour saluer le troupeau familiale en empêchant les suivants d’évoluer. Cette fabuleuse démonstration de bêtise humaine ne semblant pas attirer ma cible , je me retrouve facilement derrière lui , je me faufile dans le même compartiment et me place face à lui. C’est peut être une andouille de première , mais au moins par rapport aux autres un doute et permis.

21h30

Le démarrage est assez violent , certainement à cause du type de fixation ancestral de ces wagons d’une autre époque , le choc à l’accrochage ne manque pas de projeter ceux qui se tenaient debout dans le couloir , créant quelques réactions violentes mais courtes ,chacun se devant de reprendre rapidement sa place à la fenêtre . Petit a petit les quais s’éloignent et les couloirs se vident , et, enfin en réintégrant les compartiments , ils se rendent compte de leurs solitudes .Leur premier réflexe est de faire l’inventaire du panier repas préparé par leur génitrice , l’ouverture des papiers aluminium et autres tupperware répandant immédiatement un mélange écoeurant d’odeurs dans l’ensemble du wagon. Lui , en face est comme moi , spectateur médusé , rassurant me dis-je ,mais pas de jugement hâtif. La route est longue, apparemment nous n’atteindrons la frontière allemande que vers 7h00 pour un petit déjeuner et la prise en charge par nos futurs instructeurs .

J’observe , et un peu de sommeil serait bien vu , je dois être en pleine possession de mes moyens.

22h00

Un an , le compte à rebours a commencé…..
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