L'envers des rimes

accueil des poètes et des nouvelles
 
AccueilPortailFAQRechercherS'enregistrerMembresGroupesConnexion

Partagez | 
 

 Éloge du coeur

Voir le sujet précédent Voir le sujet suivant Aller en bas 
AuteurMessage
Lavande



Nombre de messages : 36
Age : 40
Localisation : québec
Date d'inscription : 01/12/2005

MessageSujet: Éloge du coeur   Ven 14 Mar - 6:33

Éloge Du Cœur


Les cheminées fumantes enveloppaient la Toscane d'une brume artificielle, et firent tousser Enrique. Celui-ci marchait, de plus en plus vite, gagné par l'excitation... Il leva la tête, rêveur, et observa les nuages... celui-ci ressemblait à une rose. Celui-là à un cœur... Sans comprendre, il fut face à la porte.

Sans attendre, il sonna. Quelques secondes s'écoulèrent. Les tempes de Enrique battaient. Comme personne n'ouvrait, il sonna une nouvelle fois. Mais rien ne se passa. Il frappa, sonna, frappa, sonna encore et encore... puis il décida d'attendre.
Il attendit une heure. Puis deux. Au bout de trois heures, désespéré, il se leva, et après avoir sonné une dernière fois, tourna les talons et s'en alla. Mais à peine fut-il en route qu'un bruit de verrou attira son attention. Il fit volte-face, et aperçut Ima sur le pas de la porte.
- Je... excuse-moi, dit-elle. Je suis désolée, je... je...
- Tu es si angélique, la coupa Enrique.
- Entre, ajouta Ima.
Enrique pénétra dans la salle à manger avant de se laisser choir dans un fauteuil. Ima vint s'asseoir près de lui.
- Alors, que racontes-tu?
- Euh... rien, rien de bien spécial.
Enrique semblait ailleurs. Son amie s'en aperçut et lui demanda s'il allait bien.
- Oui, je vais bien! En fait...
- En fait?
- En fait, j'ai simplement envie de t'embrasser.
Ima eut un sursaut.
- Me... mais... moi?
- Oui.
Un silence s'en suivit. Enrique comprit qu'il était allé trop loin.
- Excuse-moi, Ima, je ne sais pas pourquoi j'ai dit ça.
- Tu ne le sais pas?
- Euh... à vrai dire, euh... enfin, je voulais dire que...
- Est-ce que tu étais sérieux? Le coupa Ima.
Il hésita.
- Je suppose que non. J'ai sûrement dit ceci sans réfléchir. Je suis désolé.
- Enrique...
- Je suis désolé, oublie-ça.
- Enrique, embrasse-moi...
Cette fois-ci, ce fut lui qui sursauta. Après un moment, sans mot dire, il approcha ses lèvres de celles de Ima. Puis, dans le silence de cette maison tranquille, au milieu d'une journée comme les autres, ils s'embrassèrent pour la première fois.
Ils se regardèrent. Enrique approcha sa bouche de l'oreille de Ima et chuchota:
- Je t'aime...

Bien sûr, il lui avait déjà dit qu'il l'aimait. Bien sûr, il lui avait dit des milliers de fois. Mais ce sentiment était toujours le même. Il voulut le lui dire.
- Plusieurs décennies se sont écoulées depuis que je t'ai connue. Et tu es la seule personne que j'aie jamais aimée.
- Voyons... tu vas me faire rougir, murmura Ima.
- Pourquoi? S'écria-t-il. Tu es la personne la plus belle et raffinée que je n'ai jamais connue! La plus mystérieuse de toute Toscane! Les autres femmes ne t'arrivent pas à la cheville.
- Mais toi, tu es si beau...
- Cela n'est rien à côté de toi. Lorsque je t'embrasse, j'ai l'impression que je m'envole. Quand je te quitte, j'ai l'impression que mon cœur se fait piétiner par une féroce bête, ou transpercer par des milliers lances empoisonnées.
- Mais toi aussi, Enrique, tu as beaucoup de qualités...
- Embrassons-nous encore... souffla Enrique.
Ils s'embrassèrent donc. Au loin, on entendait ''How Do I Live Without You'' de LeAnn Rimes. D'où cela venait-il? Quelle importance, du moment que c'était là. Bientôt, la musique, l'amour, les entraînèrent dans un tourbillon sans fin. Il n'y avait plus de plafond, plus de mur. Toscane était loin. Ils virent passer une colombe, au dessous d'eux. Puis deux. Maintenant, ils étaient sur la mer. Ils frissonnèrent... était-ce le vent qui s'était levé et qui faisait frémir un peu leur peau? Quelques nuages voilèrent le ciel. A mesure que les notes s'envolaient, la musique devenait de plus en plus belle, et le ciel de plus en plus gris. On se serait cru dans un tableau de Rembrandt. Des larmes de joie dans la voix, la musique jouait. Quelques gouttelettes de pluie vinrent alors troubler cet océan, tels des pizzicatos que le vent sifflant emportait au loin avant de les renvoyer à la figure des amoureux. Après quelques instants les gouttes grossirent, s'écrasant lourdement sur la surface de l'eau. Ima, que la folie saisissait, se voyait aimer au milieu des éclairs... Plus la musique jouait plus le temps s'agitait, plus le ciel s'assombrissait, plus les vagues grandissaient, se brisant bientôt contre leurs pieds dans une explosion d'écume crépitante, poussées par des bourrasques assassines... leur baiser dansait sur cet air tourmenté, cet océan symphonique, cet opéra dramatique, les vagues étaient à présent immenses et la pluie tranchait le ciel plus sombre que la plus noire des nuits, c'était affreusement grand et terriblement beau, si beau que ça faisait mal, la musique hurlait sa douleur, de plus en plus fort, les notes tourbillonnaient, le vent devenait tornade, les vagues devenaient rouleaux, les amants tournoyaient, autour de leurs bouches, autour de leurs mains... et tout s'arrêta soudain.

- Marions-nous...
- Pourquoi n'est-ce pas déjà fait?
Ils rirent. Ils étaient heureux.
Ils restèrent ainsi toute la nuit à se regarder dans le blanc des yeux. Parfois, ils s'embrassaient. Parfois, ils se parlaient.
- Ne me quitte jamais, disait Enrique.
- Je ne te quitterai jamais. Tu es bien trop précieux pour que je te quitte, répondait Ima. Tu es l'opposé de la bêtise, de la brutalité... tu vaux bien plus que ce rustre de Cody. Je ne sais pas comment j'ai fait pour lui trouver du charme.
Et ils s'embrassaient. Puis ils s'embrassaient une nouvelle fois.

Dans un sourire, un souffle, un battement de cils, ils se dirent ''je t'aime''. Ce sourire brille encore au fin fond des étoiles... ce souffle chante encore dans les hautes couches de l'atmosphère... ce battement de cils scintille toujours quelque part. Ils s'aiment encore ce soir.

10-03-2008

Lavande
Revenir en haut Aller en bas
Voir le profil de l'utilisateur
vetu



Nombre de messages : 19
Date d'inscription : 04/11/2008

MessageSujet: Re: Éloge du coeur   Mar 4 Nov - 16:25

Enrique a un très bon caractère.
Revenir en haut Aller en bas
Voir le profil de l'utilisateur
 
Éloge du coeur
Voir le sujet précédent Voir le sujet suivant Revenir en haut 
Page 1 sur 1
 Sujets similaires
-
» Moelleux au chocolat coeur à la banane
» coeur de boeuf aux carottes
» Le coeur de Chopin
» Le coeur au bord des larmes..
» [4x06] Coeur de loup-garou

Permission de ce forum:Vous ne pouvez pas répondre aux sujets dans ce forum
L'envers des rimes :: VOS ECRITS :: VOS NOUVELLES.-
Sauter vers: