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 Une chanson douce 3 et fin.

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Marie

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Localisation : CHOISY-LE-ROI
Date d'inscription : 17/02/2007

MessageSujet: Une chanson douce 3 et fin.   Mar 6 Mar - 9:57

Trois coups légers à la porte de la chambre.

- Heu... heu.. vous ?
- Bonjour Mallory, je suis heureux de te voir.
- Oh vous avez réussi à me trouver !
- Écoute Mallory... Je ne veux surtout pas que mon attachement te soit une charge. Je ne veux être pour toi qu'un rocher bien planté dans la terre sur lequel tu peux t'appuyer en toute sécurité quand tout cède sous les pieds, autour de toi, une main qui, prenant la tienne, parfois, en calmera l'émoi.
- Vous êtes gentil vous savez, mais je ne sais toujours pas qui vous êtes?
- Donne moi le nom qui te plait.
- Ange gardien, je vous nomme... c'est en vous que je puise ma joie.
- As-tu remarqué Mallory que, dès l'enfance, chacun fait en son âme un cercle étroit où ne sont admis que quelques êtres chers? On y met d'emblée ses parents, dans ce cercle, des camarades qui plus tard deviendront sans doute des amis, puis l'on devient plus difficile : on n'y admet bientôt plus que peu de gens. On y tient ! Ceux là sont à nous ! Qu'on vous touche ou que l'on y touche, notre âme les enrobe. Et dans mon cercle à moi, un cercle étroit mais riche, dont j'ai un soin jaloux, j'ai vu tout à coup s'asseoir une petite fille, venue y prendre place... Je t'y vois encore, j'ai bien peur de ne jamais vouloir t'en chasser.

- Tiens Mallory, c'est pour toi !

L'ange gardien tendit son tout petit paquet sorti comme par magie d'une de ses nombreuses poches et posé tel un trésor sur sa main calleuse. Mallory ne pouvait articuler un seul mot tant sa gorge était nouée. Vite, elle a déchiré le papier cadeau, chic, vert, enturbanné d'un joli fil d'or, pour y découvrir dans une petite boite, une jolie chaînette et une croix magnifiquement travaillée. Elle l'a aussitôt passée autour de son cou, levé les yeux au ciel, afin que les larmes qui venaient de perler restent en suspension.

- C'est de l'or monsieur ?
- Oui, elle est en or, Mallory, elle te plait ?
- Elle est très jolie, je suis émue, monsieur, merci !

Les yeux de Mallory se brouillaient, elle était heureuse. Cet ange gardien était venu rallumer la petite flamme de son espoir, en effaçant les blessures que certaines personnes avaient fait naitre dans le fond de ses yeux... Quelqu'un lui a redonné cette confiance, qui a réussi à lui donner l'envie jour après jour, d'apprendre, de découvrir, lui démontrant que la générosité n'était pas un vilain défaut et que la plus grande des qualités humaines au monde était cette capacité d'enthousiasme et d'émerveillement surtout. Quelqu'un qui a su lui montrer la route en ne la considérant ni comme une enfant irresponsable, ni comme une adulte précoce, mais bel et bien comme ce petit bout de femme en cours de construction... Il mettait des couleurs dans les yeux de la petite, du vert, couleur de rêve, du bleu couleur de la mer et du firmament, couleur de ce qui vous porte.

- Vous savez ange gardien, je vais peut-être mourir... Tout le monde parle trop fort, autour de moi et j'entends même des mots que je ne connais pas, ils disent tous que j'ai la leucémie aigue et que je dois être une battante...


- Petite, tu vas vivre. Je suis là n'oublie jamais !



Il serra dans ses bras, cette petite fille sans force, ce petit oiseau blessé aux grands yeux désespérés. Il connaissait le calvaire qu'elle allait subir.

- Mallory, il y a des gens qui aspirent au bonheur, d'autres au succès, et toi et moi nous aspirons en la foi de ta guérison. Les prières ne tombent jamais dans le vide. Tu sais, si la confiance est là, spontanée, sans discussion, elle travaille en conséquence, et les résultats sont merveilleux.

- Le médecin m'a expliqué que j'allais perdre mes cheveux.
- Je sais, petite, tu es à un stade avancé de la maladie.
- Il vous a parlé ?
- Je sais...
- Avez-vous toujours ce même regard curieux et insistant, ce même élan envers les autres personnes?
- On dira que je suis attaché à toi, Mallory.
- Oh mais moi aussi, monsieur, vous êtes si gentil, si passionnant, si attentionné, vous êtes dans mon ciel, l'étoile qui brille le plus, à côté de celle de maman.

L'infirmière s'introduit dans la chambre pour installer la transfusion sanguine,

- Vous êtes prié de sortir, monsieur, s'il vous plait, la demoiselle a assez bavardé pour aujourd'hui, un peu de repos lui serait salutaire.


- Je me retire, je me retire, madame.
- Merci, merci encore, monsieur.
- Je reviendrai te voir, petite, bientôt, très bientôt !

L'homme au visage à demi souriant, mais soucieux, referme doucement la porte. L'infirmière installe la transfusion puis tire une chaise près du lit.

- Mallory, écoute-moi bien. La maladie nécessite un traitement lourd, il faut que tu le saches, et surtout il faut que tu sois courageuse. Ici nous possédons une bonne équipe de médecins, tu peux poser autant de questions que tu le veux.

Mallory demeure songeuse.


Pas facile de prendre des décisions de moi à moi. S'apercevoir que se dessine un tel avenir ne demande-t-il pas de réfléchir un instant à sa mort, sérieusement ? qui donc peut s'en soucier ? Il s'agit de moi et j'en parle à ma façon en souffrant de ne plus rien regretter, de me dire : Qu'est-ce qui peut bien m'arriver après tout cela ? Les pensées morbides, les cent mille pas dans la tête, mes illusions d'évasion, la nuit qui s'avance, la pénombre... Combien de sensations suis-je en train d'oublier ? J'ai... j'ai le pouvoir de dire "NON" je ne veux pas de soin ? j'ai le pouvoir d'envoyer paître tous ces guignols en blouses blanches ? Une revanche sur la vie... une revanche avortée ! çà oui alors ! Eh bien je vais me soumettre, aux humeurs, aux bons vouloirs de ces messieurs de la médecine.

L'infirmière me passe la main dans les cheveux, sourit brièvement et sort.

- A tout à l'heure Mallory, apaise-toi un peu, je repasserai te voir.

Dormir, reposer, apaiser, ils n'ont que ces mots là à la bouche. Je ne pouvais pas me réchauffer, puis...légèrement engourdie par le froid, je me surpris à pleurer doucement.


J'ai des années de haine au fond de moi, je ne peux cesser de pleurer, car c'est à cet endroit précis que se vide mon cœur. J'aimerais tellement me promener, mais je ne tiens plus sur mes jambes. Pour moi c'est l'expression même de la liberté, d'une forme de bonheur faite de marche, d'espace, d'air pur pour les yeux et le corps. Avoir le regard qui se perd aux confins de l'horizon, cela serait-il devenu un luxe ? Reliée à cette horrible poche de sang pour combien de temps encore ?

Le personnel hospitalier avait prit Mallory en amitié. Il ne se passait pas une journée sans qu'une infirmière, un médecin, voire d'autres malades ne vinssent lui apporter des bandes dessinées, des livres, des bonbons. Le couple Jean, les parents adoptifs de Mallory, venaient lui rendre visite chaque jour. Ce couple suscitait en elle de la sympathie, finalement, mais aussi une certaine part d'admiration.

Madame Jean s'installa et prit les petites mains de Mallory dans les siennes

- Alors, ma petite Mallo ?
- Je suis contente de te voir Maminou.
- Tu manges un peu, dis-moi ?
- Je mange un peu, juste un peu, je n'ai envie de rien !

Monsieur Jean regardait son épouse. Ils étaient à eux deux, la métaphore de l'amour, et qui sait ? Celle de la guérison ?

Pour lui, vaincre le cancer n'était pas affaire de médicament, pas maintenant. On ne connaissait pas encore bien cette maladie et pas trop les moyens de la vaincre. Restait encore cette hypothèse qu'elle se développait sur des terrains réceptifs et qu'il fallait lutter contre elle par des moyens de même ordre.

- Comment te sens-tu Mallo ?
- Je suis extrêmement fatiguée monsieur Jean, je suis triste d'être enfermée, j'en ai assez qu'on me fasse une prise de sang tous les matins, qu'on me réveille pour la prise de température, et puis j'ai des médicaments à prendre qui me laissent complètement à plat et me donnent envie de vomir, alors pour combler le tout, on me donne du primpéran, pour faire cesser les vomissements, et tout ceci n'en finira jamais... jamais... je le sais. Monsieur Jean vous le savez, je vais mourir !
- Mallo, tu sais que tu es soignée par le biais d'un traitement lourd qui est la chimiothérapie, c'est pour cela que tu es fatiguée, mais je sais que tu es forte, oh ouiiiiiii Mallo, je le sais, moi, insista-t-il d'un clin d'œil.
- Je perds mes cheveux vous voyez comme ils tombent, et çà me fait peur, de devenir complètement chauve, vous savez pour une petite fille cela n'est pas beau.
- Tu auras un foulard, Mallo, en attendant la repousse des cheveux, et tu veux que je te dise quelque chose?
- Oh oui, monsieur.
- Eh bien en général les cheveux repoussent deux fois plus drus, et plus beaux et là je n'exagère rien, tu vas me la retrouver cette longue chevelure, tout comme avant !
- J'ai des douleurs partout, çà me réveille la nuit, je pleure et ne me rendors pas, et j'ai des idées sombres qui me viennent... je sais que... oui je sais...
- Tu veux redevenir notre garçon manqué, çà nous manque tu sais, à ma femme et à moi-même,

Mallory éclata littéralement de rire, et c'est comme ceci qu'ils l'aimaient le plus, qu'ils la retrouvaient...


- Tiens on t'a acheté un poste Mallo.
- Ohhhh un poste qui fait radio et cassette, oh merci vous deux, vous êtes gentils avec moi.

Avec l'aide des infirmiers, elle s'allongea sur le côté, afin de voir l'extérieur par la vitre entr'ouverte. Dans les arbres du jardin hospitalier... le pépiement des oiseaux. Ce premier contact avec l'extérieur lui donna l'envie de profiter à fond de chaque jour qui viendrait. Elle ne repousserait plus au lendemain le plaisir qu'elle pourrait prendre le jour même, c'était juré !

Après la visite des Jean, aux alentours de 20 heures, le professeur s'infiltra dans la chambre et se tourna vers Mallory. Il tenait ses clichés à la main.

- Je ne m'étalerai pas Mallory, tu connais ton état de santé, je ne puis que confirmer ce qu'à dit notre collègue Marcan... il est tard...
- Comment çà, il est tard ? Vous semblez me dire qu'il est trop tard ?
- Le traitement suit son cours.
- C'est un traitement de cheval, docteur, regardez ! je perds tous mes cheveux, par poignées.
- Mallory, la foi transporte sans doute des montagnes, on le croit, on le dit, mais... la foi toute seule n'a jamais guéri un cancer comme par enchantement.
- N'en rajoutez pas, j'ai compris ! vous n'êtes pas croyant...
- On va te donner quelque chose afin de passer une nuit tranquille, demain nous allons te faire une ponction lombaire.
- Une ponc...tion... lom...baire... Mais çà doit faire mal...
- Passe une bonne nuit, et si tu restes calme, tout se passera bien demain... Au fait tu as une visite surprise dans la salle d'attente, je te l'envoie, exceptionnellement.

La porte s'entrouvrit, après trois petits coups brefs. Une paire de grands yeux bleus, un sourire franc... L'émotion devait se lire au coin des yeux... On ne devait pas troubler un moment aussi précieux.

L'ange gardien buvait Mallory, du regard, il la serra tout contre lui.

- Vous tremblez monsieur, que se passe-t-il ?
- Ca va aller petite, çà va aller

Il était venu lui parler de cet arrière-plan sombre de ses souffrances, allait-il y parvenir ?

- Voici un joli foulard Mallory, je vais te le nouer si tu veux.
- Oh oui, monsieur, je me sens nue sans mes cheveux
- Oh ! Dieu que tu lui ressembles Mallory !

Les paroles sorties trop vite, n'étaient ni pesées, ni mesurées.

- Dites, je ressemble à qui ?
- A quelqu'un que j'ai bien connu... oui bien connu.
Le cœur de cet homme battait à tout rompre.

- Mais ces larmes au coin de vos yeux, monsieur, c'est par là que s'échappe votre souffrance, également ?
- Mallory, tu as un examen important demain matin, il faut que tu te reposes, que tu passes une douce nuit.
- Oui, je sais, j'ai une ponction lombaire .

Ici l'espoir de guérison, culminait et ravageait. L'enfer était tapi au cœur de ses entrailles. Il voulait lui dire... ouiiiiiiiiiii il voulait, il aurait tant voulu lui dire...

- A demain sans doute, petite, douce nuit.
- A demain, monsieur, oui !

Mallory passa une nuit agitée, songeant sans cesse à cet examen





LENDEMAIN : 10 HEURES

On administra des calmants à la petite avant de la descendre à la salle d'opération.

Salle d'op, petite fille sur un fauteuil roulant, l'équipe est au complet.

Nous allons commencer Mallory, courage !

- Heu...non , s'écria le professeur, non ! non ! nous ne sommes pas au complet, il manque quelqu'un...
- Nous sommes au complet, je vous assure.

La porte s'ouvrit doucement, l'ange gardien avait revêtu une blouse verte, fit son entrée. Il s'approcha de Mallory, lui prit la main tendrement...

- Petite, courage... ma chérie... je... je... suis ton grand-père...

Une pluie de larmes retomba sur l'immensité du bloc opératoire.

- N'aies pas peur ma petite fille, je reste auprès de toi...

Le papy et la petite fille, les larmes dans les yeux, entonnèrent : une chanson douce... que me chantait ma maman





Fin
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Rodes

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Date d'inscription : 06/07/2006

MessageSujet: Re: Une chanson douce 3 et fin.   Mar 6 Mar - 10:31

Ah, Marie-France, la fin m'a tiré une larme. Toujours ce mélange de passé simple, imparfait et présent. Certaines phrases pourraient être nettement simplifiées. Mais cette nouvelle n'est pas très longue, vous devriez pouvoir la remanier rapidement. En tous cas, humainement, c'est puissant.

Jérôme
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