L'envers des rimes

accueil des poètes et des nouvelles
 
AccueilPortailFAQRechercherS'enregistrerMembresGroupesConnexion

Partagez | 
 

 Une chanson douce 2

Voir le sujet précédent Voir le sujet suivant Aller en bas 
AuteurMessage
Marie

avatar

Nombre de messages : 862
Age : 63
Localisation : CHOISY-LE-ROI
Date d'inscription : 17/02/2007

MessageSujet: Une chanson douce 2   Dim 4 Mar - 14:25

- Je me demande si je suis chrétienne, Madame Jean. Est-ce que je suis baptisée ?
- Je possède de précieuses informations à ton sujet que je partagerai avec toi le moment venu, et surtout lorsque je te sentirai apaisée.

D'une main, pensive, la petite frôla le bahut en chêne massif... des cadres avec des visages inconnus, et au milieu une caravelle, comme en possèdent la plupart des gens. Elle saisit un sablier décoratif, venu de Bretagne, le manipule dans tous les sens, le retourne, puis fixe ses yeux sur le sable fin et rouge qui s'en écoule...

- Madame Jean, je monte un peu dans ma chambre, je redescendrai pour le dîner.
- Oui... oui, va Mallory.

On entendit le cliquetis de la serrure de la porte de la chambre. Elle se sentait bien en sécurité, courut prendre son cahier où elle s'exprimait ses pensées à sa maman. Elle s'allongea sur son lit, une main soutenant son menton et les coudes reposant sur le lit.

« Maman, le monsieur de l'église m'a appelée par mon prénom, comme s'il me connaissait depuis toujours. Je ne peux lui donner d'âge. Je voudrais lui parler du manque de toi, maman. J'ai un peu peur de frôler le ridicule, alors je vais attendre, je le reverrai sans doute... il a promis.
Sais-tu que les Jean ne me comprennent pas toujours, ils me renvoient une certaine tendresse, mais je les trouve un peu mous, un peu soucieux. C'est curieux tu sais, je n'arrive pas à comprendre pourquoi les familles choisissent les enfants, et pourquoi cela ne serait pas le contraire.
Madame Jean, que je nomme Maminou quand je l'aime fort, attend que je sois plus calme, sans doute plus mature également, moins rebelle, pour me parler de toi en toute tranquillité. Moi je sais maman que tu es morte à ma naissance et qu'ils n'ont pu te sauver, ouiiiiiiiiiiii je sais, parce que les adultes parlent entre eux sans se soucier de notre présence, et ensuite ils s'étonnent de nous trouver en pleurs...
Ils m'appellent pour le dîner, je dois te laisser, petite maman, dans ton lit de ciel auprès des anges
Ta petite Mallory qui t'aime ».

- Elle n'a pas lieu de s'ennuyer chez nous, voyons !
- Et alors, n'est-ce pas que la plupart des gens lorsqu'ils s'ennuient, au lieu de monter à un degré plus haut, descendent un degré plus bas, ils deviennent encore en dessous de ce qu'ils étaient et ils font toutes les bêtises que les autres font, toutes les crapuleries, tout ceci pour s'amuser. Lorsque les gens ont un grand coup dans leur vie, un "malheur" comme ils disent, la première chose qu'ils essaient de faire, c'est d'oublier ! Comme si on oubliait pas assez vite ! Et pour oublier, ils font n'importe quoi...
- Dis, elle n'a plus sa mère!
- Et... et, je sais, mais si elle souffre déjà à présent, qu'adviendra-t-il plus tard, d'elle, avec le temps ?
- Dieu seul sait, en attendant il faut tout mettre en œuvre pour faciliter nos échanges et notre relation avec elle, elle n'est pas méchante, elle a un cœur d'or, mais un fond de révolte à toute épreuve, je sais... Tu sais, la seule chose qui m'ennuie dans tout ceci ?... C'est que le départ dans la vie... l'enfance, joue un grand rôle décisif dans l'existence.

- Tiens, tiens, Mallory, te voilà enfin...
- Oui... vous parliez de moi ?

Un poste de radio diffusait en sourdine, la guitare assassine de Jimmy Hendrix.

- Monsieur Jean te trouve trop renfermée sur toi-même, quant à moi je te trouve trop rêveuse, avec des accès de tristesse, ce serait bien que tu redescendes un peu sur terre, Mallo... Tous les deux, nous te trouvons un soupçon révoltée également et là tu peux faire un petit effort ?

Durant le repas, une ambiance à la fois chaleureuse et théâtrale baignait les lieux.

- Mallory, tu veux exercer quel métier plus tard?
- Oh vous savez, Monsieur Jean, j'aimerais faire plein de choses, infirmière, coiffeuse, chanteuse !
- Tu n'as pas d'idée précise, il faut que tu travailles encore à l'école, suivre des études, bien apprendre.
- Je veux... je veux être chanteuse, comme Mathilda...
- Qui est Mathilda, Mallo?
- Mathilda, ben... c'est ma mère.
- Ah ?
- Que chantait-elle ?
- L'opéra.
- Tu en es certaine ?
- Mon père, un pauvre ténor, l'a plaquée, lorsqu'il a appris, qu'elle était « deux »...
- Tu es sérieuse ?
- Sérieusement, c'est à cause de moi qu'il est parti bien sûr... Les hommes ne veulent pas se sentir attachés lorsqu'il y a un bébé à l'horizon, et surtout lorsqu'ils sont jeunes : ils ne tiennent pas à ce qu'on les force à rester !
- Peut-être Mallo, mais tu n'as pas à juger.
- Je peux hélas, juger mon père qui a laissé ma mère et moi de surcroît.
- Ce fut une grande chanteuse, ta maman, tu as raison Mallory, hé bé, tu connais plus de choses à son sujet que nous, on dirait.
- Madame Jean est-ce que je suis française ?



Celle-ci avait une voix brouillée qui la guidait tout au long de cette sacrée discussion.

- De père... oui Mallory
- Maman ? non ?...
- Espagnole
- Et moi Maminou ?
- Sang mêlée... enfin tu as des deux bien sûr.

Les yeux baissés, Monsieur Jean épluchait une orange avec une lenteur étudiée, comme un acteur qui cherche la réplique. Contraste entre le haut de ce corps actif, et doué de mouvements et le bas, immobile renflé comme un suaire.

- Bonsoir Mallory !
- Bonsoir, après les cours je passerai à l'église demain, je crois...

Après une nuit plutôt paisible....

Elle regarde sa montre, saute du lit en vitesse... Oh le cours de 8 heures...

- Il n'a pas sonné ce réveil, grrrr

Vite, la douche, le jean, le tee shirt, le pull, les chaussettes, les clarks, et cette masse de cheveux, hop là ! un élastique ! tout ceci en un temps record.

Madame Jean, les cheveux ébouriffés, intervient.

- Mallory, tu vas être en retard cette fois, tiens ! avale un chocolat chaud !
- Pas le temps, Maminou, à ce soir...

Mallory se retourne .

- Tu sais Maminou, je t'aime fort, oui !
- Moi aussi Mallo je t'aime fort, vite dépêche-toi !

Madame Jean repoussa la porte, essuyant quelques larmes qui glissaient sur son visage... bientôt treize ans, cette sacrée gamine, soupira-t-elle.

Mallory arriva juste à l'heure...

Il y a une fille ici, pensa-t-elle, lorsque je la regarde, j'ai l'impression de me voir, moi, et ce qui m'agace, c'est de voir en elle la plus mauvaise part de moi-même, mon caractère, mon reflet, elle est vraiment moi.





Dans la soirée... Mallory assise dans le fond de l'église sort son cahier intime et le pose discrètement sur ses genoux.

« Ma petite maman, je t'écris assise au fond de l'église, il fait sombre, la nuit va commencer à tomber sous la dernière lueur bleue du ciel. Ici personne ne vient me déranger, je te sens te rapprocher de moi avec un certain sourire, remplissant cet espace vide, tu es là, maman, au-dessus de mon épaule, me relisant, berçant mon cœur dans la distance. Malgré cette distance, je te sens tout près, avec moi dans cette église, entourée de silence... »

Mallory referme vivement son carnet, on vient de lui tapoter l'épaule gentiment.

- Bonjour Mallory.
- Bonjour Monsieur.

Les yeux de la petite se sentaient vivement attirés par ce visage serein, ce doux sourire, qui n'appartient qu'à lui, des cheveux blancs à la hauteur de épaules, et cette barbe blanche lui donnant un air de mystique personnage... Elle reste quelques instants admirative.

- Comment s'est passée ta semaine Mallory?
- Bien, bien Monsieur.
- Chez les Jean?
- Tout va bien.
- Dis-moi Mallory, tu es blanche...
- Je vais bien, je vous assure .
- J'aimerais que tu aies plus de couleurs, petite.
- Les Jean sont effectivement inquiets aussi, mais qu'avez-vous tous?
- Mallory, des examens médicaux s'imposent, et tu vas te laisser faire, j'y tiens assez !
- Mais qui donc êtes-vous?
- Petite, tout vient à point à qui sait attendre, et je n'apprécie pas cette couleur de peau, tu sembles anémiée.
- ...
- Mallory, on se voit la semaine prochaine, tu me parleras des résultats des examens... une petite prise de sang et beaucoup de courage, dis-moi ?
- Promis Monsieur...

Il y avait bal ce soir. Les jeunes gens se trouvaient au comble du bonheur...

- Tu veux boire quelque chose Mallory ?
- Oui, je veux bien un verre de lait
- Un verre de lait, tu es sûre ?
- Oui... oui
- Je t'apporte ceci dans un instant.


La musique retentissait... c'est alors que pour la quatrième fois au cours de la journée, Mallory ressentit un court vertige, une lassitude anormale. Elle regardait les gens aux alentours, et voyait en quelque sorte la joie jaillir de leurs visages. Une grande clarté se dégagea autour d'elle. Des montagnes de lumières se dressaient de tout côtés... Au grand affolement des Jean, elle tomba à terre, inconsciente....



Désespérant, c'est le mot qui revient sans cesse sur les lèvres des Jean. Désespérant ce traitement qui n'apporte qu'une diminution passagère des douleurs, et qui souvent déclenche d'autres malaises encore plus graves. Désespérant de combattre des maladies à l'aveuglette... Or l'espoir d'une amélioration considérable, voire d'une guérison, existera-t-elle un jour?

Le diagnostic est tombé, Mallory est atteinte de leucémie...

- Est-elle prise à temps, docteur ?
- Elle restera ici un bon mois, elle est atteinte de leucémie aigue...
- Un mois ? Seigneur ! s'écriait Madame Jean, je ne veux pas la perdre !!!
- Elle va commencer par subir la chimiothérapie, son taux de globules blancs est catastrophique, nous ferons de notre mieux. La médecine fait des progrès et 70 à 75% des enfants s'en sortent la plupart du temps, assez bien... Cependant je ne vous cache pas que la chimio dans son efficacité même, peut détruire par ailleurs, les bonnes cellules, celles qui sont liées à la fabrication des globules rouges, d'où un traitement qui peut demander un certain temps.
- Docteur avez-vous parlé de la maladie avec la petite ? elle est fragile, vous savez.
- Oui... oui, elle sait, je ne lui cache rien, elle à treize ans et je l'ai sentie plutôt courageuse. Elle écoute, elle pleure, elle accepte, et en général ces enfants s'en sortent à un taux assez élevé.
- Mallory est armée de courage... oui... elle ne se plaint jamais.
- Ses parents ?
- Oui, adoptifs...
- Courage, nous allons la transfuser car cela est urgent.

Mallory, bien que courageuse comme le pressent le docteur, est néanmoins un peu bousculée devant ce qu'elle va devoir endurer. Il va falloir, de plus, qu'elle reste un mois hospitalisée, quel sacré coup pour elle qui remue sans cesse.

- Pourquoi moi, pense-t-elle? et le monsieur de l'église, il va me chercher partout...

Madame JEAN lui tourne à moitié le dos, elle semble pleurer... la petite se sent mal à l'aise.

Doucement l'infirmière pousse la porte et s'avance vers Mallory pour prendre sa tension artérielle. Quelques secondes s'écoulent, elle fait la grimace

- J'ai combien madame?
- Pas assez...
- Oui, mais combien madame?
- 8/5 c'est vraiment pas assez, il te faut du repos

Les Jean quittèrent la chambre, après avoir embrassé la petite

- Nous reviendrons demain, Mallo, essaie de te reposer.

Après avoir obtenu une certaine tranquillité d'âme, grâce à la concentration sur des images de paix, Mallory commençait à s'endormir.

Une nuit paisible... puis... Six heures du matin.

L'infirmière prit le pouls de la petite... plus de 100 pulsations minute. La perplexité est totale, l'accélération du pouls inquiète cette infirmière.

- On va t'apporter un déjeuner. Si tu veux, en attendant, allume le téléviseur
- J'veux pas de télé, j'veux pas de déjeuner.
- Tu veux quoi, petite?
- Je veux... je veux...

Les larmes de Mallory sillonnent ses joues, d'une pâleur extrême. Son manque de maman n'a jamais été aussi fort.

- Tiens, voici ton déjeuner... heu... attends, attends, mais non... tu as une prise de sang ce matin, tu pourras le prendre, seulement après.
- Madame, je ne veux pas déjeuner, fermez la porte, j'ai quelque chose d'important à faire.

Mallory essuie ses yeux, saute sur son carnet intime et se souvient des paroles du monsieur de l'église : «Surtout, garde toujours la foi, je serai toujours là pour toi...»

« Maman, je suis entre leurs mains, je suis faible, fatiguée, ils m'ont mis les barrières du lit cette nuit... Ils n'avaient donc pas confiance en moi ?... C'est impossible je n'en viendrai pas à bout, ils parlent d'une sale maladie, la leucémie aigue... Vrai ! je suis réellement sans force et j'ai toujours envie de pleurer. Si seulement tu étais là, maman. Je ne sais même pas si cela va s'aggraver et devenir de pire en pire... oui je sais, je ne suis pas toujours efficace, et sage, je tire les cheveux des copines, je fais des croche-pieds aux garçons, je mets des cierges dans l'église sans payer, je chaparde des pommes à l'étalage de l'épicerie, en plus je sonne aux portes des pavillons pour mon plus grand amusement, et je me sauve en courant !


Ma maladie est-elle la conséquence de toutes mes sottises, maman ? une punition ? Je ne saisis pas... une dette ? Dieu ne punit pas ?


Euh je te laisse, j'ai la prise de sang.


Je t'aime maman !»


à suivre....
Revenir en haut Aller en bas
Voir le profil de l'utilisateur
Rodes

avatar

Nombre de messages : 1153
Date d'inscription : 06/07/2006

MessageSujet: Re: Une chanson douce 2   Dim 4 Mar - 23:37

Encore beaucoup d’humanité, une observation très juste des sentiments et des questionnements de cette petite fille. Vous avez mélangé l'imparfait et le présent. C'est très visible dans cette seconde partie et je crois que vous devriez vous occuper de cela, en premier lieu. La façon dont s'exprime Malory ne me semble pas toujours crédible pour une fillette de cet âge. Peut-être devriez-vous revoir ses tirades.

Jérôme
Revenir en haut Aller en bas
Voir le profil de l'utilisateur
Marie

avatar

Nombre de messages : 862
Age : 63
Localisation : CHOISY-LE-ROI
Date d'inscription : 17/02/2007

MessageSujet: Re: Une chanson douce 2   Lun 5 Mar - 9:26

Citation :
Encore beaucoup d’humanité, une observation très juste des sentiments et des questionnements de cette petite fille. Vous avez mélangé l'imparfait et le présent. C'est très visible dans cette seconde partie et je crois que vous devriez vous occuper de cela, en premier lieu. La façon dont s'exprime Malory ne me semble pas toujours crédible pour une fillette de cet âge. Peut-être devriez-vous revoir ses tirades.


Bonjour Jérôme,

Merci de souligner les imperfections, lorsque j'aurai posé le tout. Je reprendrai cette nouvelle en main.

Mallory s'exprime trop bien, pour son âge ?

Marie
Revenir en haut Aller en bas
Voir le profil de l'utilisateur
Rodes

avatar

Nombre de messages : 1153
Date d'inscription : 06/07/2006

MessageSujet: Re: Une chanson douce 2   Lun 5 Mar - 9:53

Citation :
Mallory s'exprime trop bien, pour son âge ?

Oui ! Vous la faites parler comme ses parents adoptifs. Il serait mieux que le lecteur sente davantage la différence. Pardonnez-moi j'avais oublié un 'l' à Mallory

Jérôme
Revenir en haut Aller en bas
Voir le profil de l'utilisateur
Contenu sponsorisé




MessageSujet: Re: Une chanson douce 2   

Revenir en haut Aller en bas
 
Une chanson douce 2
Voir le sujet précédent Voir le sujet suivant Revenir en haut 
Page 1 sur 1
 Sujets similaires
-
» La grammaire est une chanson douce • Erik Orsenna
» [Salvador, Henri & Puybaret, Eric] Une chanson douce - le loup, la biche et le chevalier
» UNE CHANSON DOUCE de Mary Higgins Clark
» Février 2004: La grammaire est une chanson douce d'Éric Orsenna
» [Orsenna, Erik] La grammaire est une chanson douce

Permission de ce forum:Vous ne pouvez pas répondre aux sujets dans ce forum
L'envers des rimes :: VOS ECRITS :: VOS NOUVELLES.-
Sauter vers: