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Nous dormons…
Mer 10 Juin - 20:56 par bernard augendre
Dans l’invisible, l’indicible, le néant,
Nous dormons…
Et le Temps, pas un seul jour, n’est le Temps,
Lumière ou noir, aucun regard ne peut savoir…
Non… nous dormons…

Et puis d’ étincelantes questions,
Du fond de l’infini transparent
Se heurtent à la porte de notre sommeil…
Serait-ce temps de sentir la chaleur d’un Soleil,
Serait-ce temps de connaître un horizon,
Serait-ce temps de répondre à l’appel lancinant ?

Et encore nous dormons…
Tout petit, bien des jours, et des nuits pour grandir,
Savourant peu à peu les instants de l’éveil,
La conscience malhabile s’effrayant de sentir,
Chaque graine de vie, les piqûres sur la peau
De ce monde imparfait, et puis tant de merveilles…

Et toujours nous dormons…
Dans de grandes maisons, des endroits importants
Où des leçons s’apprennent, où l’ennui nous entraîne
Vers le ciel et ses grands nuages blancs,
Et toujours des chaînes
Qui à d’autres nous-mêmes nous attachent,
Ces autres qui, à nous-mêmes nous arrachent…

Nous dormons, impassibles,
Impensables raisons qui nous poussent à l’espoir,
Lumière ou noir, aucun regard ne semble voir
Ce que nous sommes vraiment.
Et sommes-nous nécessaire,
Et sommes-nous par hasard,
Il n'y a personne qui nous espère,
Jamais personne qui nous retient...

Alors nous dormons…
Tout ce temps de nos vies ,
Inutile ,
À penser, à haïr et à croire,
Sans y croire,
Se méprendre ou se vendre,
Se conter des histoires,
Et comprendre,
Qu'au bout du compte, rien ne peut compter,
Si l’éveil ne sert qu’à rester éveiller…


Et les jours s’accumulent, et les nuits…
Nous veillons…
Cherchant un peu la paix au dehors de l’esprit,
Trouvant parfois refuge dans la tièdeur d’un corps,
Découvrant peu à peu que le malheur est fort,
Découvrant peu à peu que demeure l’ennui.

Quelles chances aurions-nous si loin de ces étoiles,
De ce noir de la nuit qui fait tant la lumière,
Si nous dormons toujours, sans nos yeux grand ouverts…

Dans l’invisible, l’indicible, le néant,
Peut-être que les anges observent à notre place,
Ce que nous ne voyons, ce que nous oublions,
Peut-être que de leurs ailes ils flattent notre espace,
L’illuminent un instant pour d’autres yeux dormants…

Et quand ces autres yeux enfin se trouvent,
Et quand ses autres yeux, uniques et éblouis,
s’entrouvrent,
Quand leurs rétines s’impriment de ce nouvel éveil,
Quand, tout au fond de ces gouffres où brûlent des soleils,
Étincelantes réponses aux premières questions,
Etincelant miroir où nous reconnaissons
Notre propre miroir et les mêmes réponses,...
Alors du fond du cœur, du fond de l’âme, s’élève,
Bien plus que la fin du sommeil,
Bien plus que la lueur des jours,
L’harmonie de l’Amour…


Et enfin, nous dormons…
D’un premier vrai sommeil,
sans rêver que nous rêvons
De ces rêves de peine,
Des charmes infidèles ...

Non… nous dormons,
Bien sûr de ce que nous sommes,
De ce que nous savons,
Bien à l’abri des impensables raisons
Qui nous font haïr ces senteurs de la vie,
Qui donnent du néant l’impossible vision
D’un ultime précipice…

Enfin, la voie est tracée,
Enfin, nous savons pourquoi nous sommes nés,
La fuite des saisons…

Quand ses yeux nous regardent ,
Enveloppent de lentes caresses le sombre des années,
Il se peut que nos propres yeux ne se ferment jamais,
Que, simplement ils s’éloignent quand la vie se fait tard
Et qu’ils entraînent avec eux sur le couchant des soirs
Cette vie jumelle qui nous permet d‘aimer…

Et dans l’invisible, l’indicible, le néant,
L’éternité des temps,
Ensemble, et pour longtemps,

Nous nous éveillons…

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